Skip to Main content Skip to Navigation
Book sections

Mobilités dans la ville et changements urbains

Résumé : Comme l'ont montré les deux chapitres précédents, Migrinter a été dès sa création en 1986 un lieu d'échanges fructueux entre le champ des recherches urbaines et celui sur les migrations internationales avec pour arrière-plan la montée de la thématique des « mobilités ». Jusqu'alors dans la recherche française, les champs des mobilités quotidiennes, résidentielles et des migrations étaient relativement cloisonnés (Brun, 1993 ; Kaufmann, 2014). Ils se sont néanmoins progressivement rapprochés depuis les années 1990 avec l'émergence du paradigme de la « mobilités », introduit en particulier pour décrire les évolutions urbaines contemporaines (Tarrius, 2000 ; Urry, 2005). Les recherches sur les migrations internationales ont insisté sur la circulation internationale des migrants et leurs investissements, ainsi que sur leur insertion dans les grandes métropoles ; celles sur la mobilité résidentielle ont de plus en plus envisagé les phénomènes de ségrégation urbaine en termes d'inégalités d'accès aux ressources urbaines (Dureau et al, 2002) ; celles sur la mobilité quotidienne ont focalisé leur attention sur les pratiques de la ville en insistant sur la mobilité des personnes comme capacité à appréhender des environnements urbains variés. Ces trois champs ont convergé au moment où la croissance démographique des villes européennes, devenue endogène, n'a plus été alimentée par la migration, qu'elle soit interne ou internationale. On est ainsi passé du comptage des migrations qui font la croissance d'une ville à celle des migrants qui y sont ancrés et qui circulent entre « ici et là-bas ». Par ailleurs, les dynamiques sociales des agglomérations des pays où la transition urbaine (Zelinsky, 1971) est déjà bien avancée, sont le résultat de mobilités intra-urbaines qui s'inscrivent elles-mêmes dans des stratégies résidentielles (Brun, 1993). À leur tour, ces stratégies résidentielles ne peuvent se comprendre sans saisir le rapport que les individus et les ménages entretiennent avec leurs lieux de vie (Bonvalet et Brun, 2002 ; Rémy, 2004 ; Grafmeyer, 2010) et donc les déplacements qui les relient. À partir du milieu des années 1970, les recherches urbaines se sont aussi intéressées aux grands projets de rénovation des villes post-industrielles (Castells et Godard, 1974). La thématique de la métropolisation s'est développée à mesure que la compétition internationale entre métropoles s'est trouvée exacerbée. Rendre les grandes villes attractives pour les multinationales et les touristes ne va pas sans entraîner des pratiques de circulation. Cette attractivité s'est appuyée sur une « reconquête des centres » souvent pilotée par des politiques publiques impulsées par les pouvoirs municipaux (Bidou-Zachariasen, 2003). Cette reconquête a abouti à des reconfigurations sociales des espaces métropolitains causées en grande partie par des mobilités résidentielles différenciées selon les groupes sociaux. Des chercheurs en sciences sociales ont de plus en plus insisté sur le fait que les dynamiques urbaines sont le fruit d'un jeu complexe d'échelles de mobilités sans pouvoir toutefois développer de façon systématique une approche globale de ces mobilités, très exigeante d'un point de vue méthodologique (Lévy et Dureau, 2002). Certains, enfin, ont poussé la lecture « mobilitaire » de la ville jusqu'à l'instituer en paradigme en faisant de la mobilité un attribut d'urbanité, au risque d'en faire la qualité quasi-exclusive des élites urbaines (Urry, 2005). Cette évolution des recherches urbaines vers la prise en compte des mobilités dans leur globalité se reflète dans les recherches menées à Migrinter. Dès l'origine, les questions qui préoccupent les chercheurs du laboratoire concernent, d'une part, l'insertion des migrants dans la ville et, d'autre part, la production de la ville par les migrants. Dans un contexte politique français où l'intégration des populations immigrées est posée comme un problème social, ce qui n'a pas été sans de vifs débats dans les milieux académiques, le positionnement scientifique de Migrinter a été de considérer les migrants, en tant qu'individus ou de groupes, dotés d'une capacité d'action. Proches du point de vue de l'école urbaine de Chicago qu'alors les sciences sociales françaises redécouvrent, voire traduisent (Grafmeyer et Joseph, 1984 ; Roncayolo et Paquot, 1992), les recherches réalisées à Migrinter attribuent aux migrants le rôle d'acteurs qui s'insèrent dans la ville tout en agissant sur celle-ci. Ces producteurs de la ville sont avant tout pris en compte en tant que résidents d'un quartier, investisseurs dans leur pays d'origine ou entrepreneurs immigrés. Les évolutions ultérieures, à partir du milieu des années 1990, se sont faites au gré de la diversification des recherches et du profil des chercheurs rejoignant le laboratoire. Elles ne sont évidemment pas indépendantes de l'évolution du contexte scientifique lui-même des études urbaines et de celles sur les migrations internationales, dont Migrinter a été partie prenante. Afin de bien saisir cette contribution, essayons de donner quelques points de repères. Concernant les travaux qui portent sur les migrations internationales, on peut noter la variété des usages donnés au terme mobilités. Si l'on considère les articles qui font mention du terme « mobilités » publiés dans
Complete list of metadatas

Cited literature [79 references]  Display  Hide  Download

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02378957
Contributor : Christophe Imbert <>
Submitted on : Wednesday, November 27, 2019 - 3:38:49 PM
Last modification on : Thursday, May 14, 2020 - 4:46:44 PM
Document(s) archivé(s) le : Friday, February 28, 2020 - 2:03:55 PM

File

Dureau_Imbert_v8.pdf
Files produced by the author(s)

Identifiers

  • HAL Id : halshs-02378957, version 1

Collections

Citation

Françoise Dureau, C. Imbert. Mobilités dans la ville et changements urbains. Étudier les migrations internationales, chap.3, 2019, 978-2-86906-695-3. ⟨halshs-02378957⟩

Share