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Comment faire au mieux quand on ne peut pas faire autrement ?

Résumé : Annoncé sur l'affiche comme « juste, beau et nécessaire », le film Hors-Normes apparaît comme un concentré de bons sentiments sur la prise en charge de l'autisme. L'entreprise est louable. On doit saluer le courage qui consiste à rendre visible certaines situations qui sont si rarement considérées. D'autant que l'ambiance est recréée, même si elle reste édulcorée. Les gestes incontrôlés, la violence des coups qui partent, la tendresse pour des êtres aux corps et aux gestes étranges, qui imposent leur présence, qu'on ne comprend peut-être pas, et dont on ne sait ce qu'ils saisissent de leur environnement. La fiction documentaire est bien tenue. Les personnages existent suffisamment pour qu'on soit touché par leurs inoffensifs travers, les intrigues instillent ce qu'il faut de dramaturgie pour alléger l'atmosphère. Pour autant, le récit ne prend pas le pas sur la réalité que le film veut décrire. On s'amuse de voir Vincent Cassel si gêné avec les femmes dans ses rendezvous du « Tinder juif » du vendredi soir, mais peu nous importe de comprendre ce qui le pousse mettre sa vie si entièrement au service de ces autres, ces jeunes rejetés de toute part. Le parti-pris didactique du film a néanmoins ses revers. La place laissée aux personnes autistes est celle de la différence extrême, touchante au point qu'on s'y attache, mais aussi imprévisible jusqu'au danger. Comme le dénonce le CLE autisme (Collectif pour la Liberté d'Expression des Autistes), les personnes autistes viennent ici servir une intrigue qui ne concerne que ceux qui s'en occupent. En mettant en scène des jeunes dont le handicap est particulièrement sévère, on s'expose aussi au risque de renforcer les représentations habituelles de l'autisme dans le grand public, et les effets de stigmatisation. Pour être juste, la caricature guette tous les personnages. Les référents en formation sont la figure typifiée des « jeunes des quartiers qu'il faut mater pour leur faire comprendre qu'ils doivent saisir leur chance », le médecin nous fait la leçon, les inspecteurs endossent la règle, les parents sont à bout ; chacun est très précisément à sa place. Mais les limites du film tiennent surtout au fait qu'en se présentant comme un film sur l'autisme, il masque son véritable objet, sans doute pour simplifier son message. Plus qu'à cette pathologie au spectre très large, le film s'intéresse en réalité à un type bien particulier de situations, qu'on regroupe aujourd'hui en France sous le terme de « complexes ». Ces situations concernent des enfants et d'adolescents qui présentent des comportements hétéro-ou auto-agressifs sévères ou extrêmement perturbants, associés à des troubles autistiques, et accompagnés souvent de troubles cognitifs, de déficiences intellectuelles. La complexité de ces situations ne tient pas seulement à un cumul de handicaps qui nécessitent une aide importante dans la vie quotidienne. Elle tient également aux difficultés sociales, économiques et familiales autant que cliniques que soulève leur prise en charge. Confrontés à des coups violents et imprévisibles, parfois dirigés contre soi-même, à des destructions systématiques de l'environnement, ou encore à l'ingestion compulsive d'éléments non comestibles (papier-peint, moquette, selles…), les professionnels comme les familles en viennent à recourir à des solutions que personne ne trouve satisfaisantes, comme la contention physique ou mécanique. Le manque de structures et de moyens pour accueillir ces personnes, justement dénoncé par le film, ne résume pas le problème. Le désarroi est général face à l'incompréhension quant à l'origine des comportements, la façon d'y répondre au mieux et d'identifier la meilleure façon de faire.
Document type :
Journal articles
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02370433
Contributor : Livia Velpry <>
Submitted on : Tuesday, November 19, 2019 - 2:21:51 PM
Last modification on : Wednesday, August 5, 2020 - 3:11:12 AM
Document(s) archivé(s) le : Thursday, February 20, 2020 - 7:16:54 PM

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Livia Velpry. Comment faire au mieux quand on ne peut pas faire autrement ?. AOC [Analyse Opinion Critique], société AOC, 2019. ⟨halshs-02370433⟩

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