De l'observation à la conversation : le savoir sur les Indiens du Brésil dans l'oeuvre d'Yves d'Evreux

Résumé : Il est légitime de se demander dans quelle mesure les textes émanant de l'expé-rience missionnaire comportent un savoir sur les populations locales confrontées au processus d'évangélisation. Comment faire l'histoire ou l'anthropologie des populations autochtones à partir des sources missionnaires ? Cette question prend une acuité particulière dans le cas de sociétés indigènes sans écriture où l'historien dispose parfois essentiellement de sources missionnaires pour aborder les mondes indigènes du passé. Dans le cas des Indiens tupi du littoral brésilien des XVI e et XVII e siècles, les textes missionnaires ont été souvent utilisés par les anthropologues pour les informations qu'ils contenaient, tout en négligeant les conditions de production de ces textes, voire en occultant leur dimension missionnaire. C'est ainsi que l'anthropologue Hélène Clastres, auteur d'un essai important sur le prophétisme tupi-guarani, La Terre sans Mal (1975), a publié la relation missionnaire d'Yves d'Évreux, capucin français au Brésil en 1612-1614. Son édition reprend intégralement la première partie de la Relation (le traité temporel) qui contient le récit de la mission et des descriptions de la terre et des Indiens, mais coupe une partie importante du second traité, que le capucin qualifiait lui-même de traité spirituel et où il fait le récit édi-fiant des conversions des Indiens 1. Cette édition est, à mon avis, symptomatique d'un type de lecture des sources missionnaires, longtemps dominante chez les anthropologues : les informations contenues dans le texte étaient reconnues comme un authentique savoir sur les Indiens mais la dimension de savoir missionnaire n'était pas interrogée. On considérait que les connaissances sur les peuples autochtones se trouvaient essentiellement dans les textes descriptifs et que ces informations pouvaient être extraites et séparées du récit de la mission religieuse 2. Il me semble que cette séparation est artificielle. En effet, la dimension mission-naire est bien présente dans les textes de description des populations locales. Comme j'ai eu l'occasion de le montrer ailleurs, les traités décrivant les populations indiennes 1 H. Clastres, La Terre sans Mal et Yves d'Évreux, Voyage au Nord du Brésil, 1985. 2 La préface de l'édition d'Yves d'Évreux par Clastres est très intéressante et analyse bien la dimension missionnaire du texte. La coupure d'une partie du traité spirituel n'en est pas moins significative d'un certain rapport aux sources missionnaires. Ch. de Castelnau-L'Estoile, M.-L. Copete, A. Maldavsky et I. G. Županov (éd.), Missions d'évangélisation et circulation des savoirs (XVI e-XVIII e siècle), Collection de la Casa de Velázquez (120), Madrid, 2011, pp. 269-293.
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Contributor : Charlotte de Castelnau-l'Estoile <>
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Charlotte de Castelnau-l'Estoile. De l'observation à la conversation : le savoir sur les Indiens du Brésil dans l'oeuvre d'Yves d'Evreux. Charlotte de Castelnau-L'Estoile; Marie-Lucie Copee; Ines G. Zupanov. Missions d’évangélisation et Circulation des Savoirs XVIe-XVIIIe siècles, Casa de Velazquez, pp.269-293, 2011. ⟨halshs-02043329⟩

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