LATTARA (Lattes, Hérault) 2014. : La zone 1. Rapport final d'opération 2011-2014

Résumé : La campagne de fouille 2014 menée sur le site de Lattes / St-Sauveur, l’antique Lattara, a porté sur la zone 1, délimitée par un caisson de palplanches destiné à pouvoir travailler sous le niveau de la nappe phréatique. Cette zone, dont la fouille a débuté en 1983, a pour objectif d’atteindre les niveaux de fondation du site dont la chronologie est désormais fixée au tout début du Ve s. av. n. ère, du moins au vu des résultats acquis dans les deux fenêtres ouvertes sur les niveaux anciens, à savoir cette même zone 1 (à l’Est) ainsi que la zone 27 (au Sud). Après une interruption en 2013 pour des raisons techniques liées à l’affaissement partiel des palplanches protégeant la zone de fouille, les travaux ont ici repris en 2014 avec pour objectif de finaliser l’exploration des niveaux de la première moitié du Ve s. av. n. ère, partiellement atteints depuis 2009 et correspondant à deux phases (1S et 1R) couvrant respectivement le premier et le deuxième quart de ce siècle. Cet objectif n’a été que partiellement atteint en raison de l’extrême complexité de la stratigraphie et des contraintes liées à un milieu humide qui a entrainé la conservation par imbibation de bon nombre d’éléments organiques, et notamment d’éléments d’architecture en bois. La grande richesse de ces mêmes niveaux en termes de macrorestes a en outre justifié une attention particulière aux prélèvements destinés aux études paléoenvironnementales, ralentissant d’autant le rythme de la fouille. Au vu des résultats acquis, mis en perspective avec l’ensemble des données acquises pour cette période depuis 2009, il est néanmoins possible, non seulement de dresser un bilan exhaustif de la phase 1R (v. -475/-450) mais encore d’appréhender les caractères principaux de l’occupation archaïque correspondant à la phase 1S (v. -500/-475). Le substrat a été atteint sur près d’un tiers de la zone de fouille et confirme les observations antérieures réalisées par le biais de carottages. La fondation de Lattara intervient sur une étroite langue de terre issue d’une progradation du delta du Lez, caractérisée par des apports de sables fins et de limons. Le lobe deltaïque ainsi formé émerge d’à peine quelques dizaines de centimètres au-dessus du niveau marin. L’ensemble de l’espace disponible semble occupé dès cette période durant laquelle un premier rempart est édifié selon un tracé qui ne connaît apparemment pas de changements durant le second âge du Fer. La phase ancienne (1S) a livré suffisamment d’éléments permettant de fixer sa chronologie dans les premières années du Ve s. av. n. ère. Cette phase est donc contemporaine de celle caractérisée dans la zone 27 par l’existence d’un quartier bâti selon des schémas proprement exogènes, en l’occurrence méditerranéens, et manifestement occupé par une population Etrusque. Or, il apparaît que la zone 1 témoigne d’un schéma distinct. Tout d’abord, ce quartier ne semble pas avoir été urbanisé au même moment, mais plutôt durant les dernières années de cet intervalle chronologique. En témoigne un premier état, encore mal défini, caractérisé par la simple mise en place de remblais destinés à viabiliser un terrain déjà manifestement soumis à d’importantes remontées de la nappe phréatique. Ces travaux témoignent a minima d’une entreprise raisonnée et planifiée, qu’il faut rattacher à ce processus volontariste plus global qui accompagne la fondation du site, avec d’importants travaux de construction lés au rempart ou à encore à certains quartiers érigés de manière précoce. Par la suite, un épisode caractérisé par de nouveaux remblais plus ou moins massifs et une série d’aménagements temporaires, associés à des architectures légères sur poteaux témoigne d’une activité intense qui préfigure très directement, voire correspond à la mise en œuvre d’un chantier de construction. Ce dernier voit la réalisation de bâtiments quadrangulaires sur solins de pierre, munis de banquettes en terre massive. Il semble que les plans reconnus correspondent à des maisons à plusieurs pièces, mais les seules mesures réalisables concernent une pièce de plan rectangulaire de 9 m de long pour 6 m de large. Ces constructions renvoient à un plan d’urbanisme préconçu selon une trame strictement N/S et E/O. Ni cette orientation, ni la morphologie des constructions ne coïncident exactement avec celles du quartier étrusque de la zone 27. Elles témoignent malgré tout de l’emploi de schémas et de techniques méditerranéennes alors inconnues en contexte indigène pour le Languedoc oriental. Le fait marquant est que ce chantier de construction n’a pu être mené à son terme. La stratigraphie est sur ce point très explicite, nous montrant que ces bâtiments, de même que leurs aménagements internes, n’ont pas été achevés. Autrement dit, une rupture franche synonyme d’abandon intervient ici vers la fin de la séquence, vers les années -475. Cette rupture est donc contemporaine de l’incendie du quartier méridional et tend à confirmer le caractère généralisé d’un épisode marquant dont l’interprétation est ambigüe, même si l’hypothèse d’une éviction de la composante étrusque à l’initiative des Grecs de Marseille demeure possible. En outre, les premières données relatives au faciès mobilier nous livrent ici une image sensiblement différente de celle observée dans le quartier étrusque. Un faciès apparemment bien plus indigène caractérise la zone 1, différence accentuée quant à l’acceptation des produits et ustensiles méditerranéens puisque le vin étrusque est ici loin d’être le seul à avoir été consommé et le bucchero nero tardif, bien représenté dans la zone 27, est ici délaissé au profit de la céramique attique. La céramique commune étrusque est également minoritaire, tandis qu’aucun graffite ne permet d’envisager la présence sur place de Tyrrhéniens, a contrario encore une fois de ce que l’on observe dans le quartier méridional. L’interprétation de ces différences doit être approfondie, mais il semble désormais clair que la composante indigène a bel et bien été intégrée dans ce projet que constitue la fondation de Lattara, aux côtés des Etrusques, voire d’autres intervenants méditerranéens. La phase suivante (1R) est synonyme de rupture, du moins sur le plan architectural. Une trame lâche caractérise alors l’habitat où, dans un premier temps, n’est attestée qu’une maison absidiale en torchis sur poteaux porteurs associée à un enclos et diverses palissades délimitant les abords de l’habitation. Or, sur un intervalle de temps qui couvre au mieux un quart de siècle, on assiste à des remaniements successifs très rapprochés dans le temps. Ces derniers permettant de distinguer plusieurs états pour ce quartier, de sorte que l’on assiste rapidement à la construction de nouveaux bâtiments en bauge et pour partie sur solins de pierre où coexistent désormais formes absidiales et quadrangulaires. On note également que le schéma d’organisation de ce quartier, au-delà des remaniements successifs, se traduit par une certaine stabilité. Une entité fonctionnelle cohérente se dessine en effet autour de l’habitation de plan bi-absidial, reconstruite à l’identique à l’emplacement du premier édifice en torchis. Cette maison ouvre au sud sur un espace aménagé à plusieurs reprises et dédié en priorité aux activités culinaires, tandis que la partie orientale de la zone voit l’implantation d’enclos à bestiaux ou de petites constructions annexes. Ce quartier témoigne d’une occupation dense de l’espace dont le caractère a priori peu structuré doit être fortement relativisé. Le fait qu’existe une trame lâche où voisinent plusieurs entités fonctionnelles (familiales ?) distinctes, n’implique nullement qu’une forme de lotissement n’ait pas régi la réinstallation sur place d’une population à forte consonance indigène. Irait dans ce sens la permanence du schéma d’organisation de ce quartier qui a pu résulter de l’existence de limites, malheureusement non identifiables en raison de l’exigüité de l’espace fouillé. On peut également s’interroger sur le caractère strictement indigène de cette phase, plusieurs indices matériels évoquant une certaine « familiarité » avec le monde grec. Il est d’ailleurs parfaitement envisageable que les Grecs, et plus particulièrement ceux de Marseille, aient accompagné ce qui apparaît comme une refondation du site. Quoi qu’il en soit, à l’image de ce qui a été vu dans la zone 27, cette phase de réinstallation du deuxième quart du Ve s. av. n. ère présente un caractère indigène très marqué. Il convient néanmoins de relativiser l’aspect très traditionnel des architectures alors mises en œuvre, tout d’abord parce que la zone 1 révèle sur ce point certaines originalités, d’autre part parce que cette phase doit, de manière plus globale, être comprise comme étant transitoire, faisant qu’ont été privilégiées des solutions rapides à mettre en œuvre. Autrement dit, nous avons là l’image d’une installation pensée comme étant temporaire, en attente de la mise en œuvre ou du développement d’un nouveau programme urbanistique d’ampleur, qui intervient précisément à partir du milieu du Ve s. av. n. ère et selon des rythmes différents d’un quartier à l’autre. Le faciès mobilier de la phase 1R est également singulier au regard des données disponibles pour la zone 27. En effet, si la vaisselle est largement dominée par la céramique non tournée indigène, les proportions sont malgré tout bien moindres que dans l’autre zone, tandis que la céramique attique est ici bien mieux représentée et que le faciès amphorique s’avère plus diversifié. Ce faciès présente d’ailleurs de fortes analogies avec celui constaté pour la phase IS, avec l’accentuation de cette particularité déjà observée quant à l’usage de la céramique attique et la place accordée au vin de Marseille.
Document type :
Reports
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01134009
Contributor : Eric Gailledrat <>
Submitted on : Saturday, March 21, 2015 - 8:41:59 AM
Last modification on : Friday, March 8, 2019 - 11:48:06 AM
Long-term archiving on : Thursday, July 2, 2015 - 6:12:35 AM

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  • HAL Id : halshs-01134009, version 1

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Pierre Garmy, Eric Gailledrat, Elsa Ciesielski, Emilie Compan, Stéphanie Dubosq, et al.. LATTARA (Lattes, Hérault) 2014. : La zone 1. Rapport final d'opération 2011-2014. [Rapport de recherche] Centre National de la Recherche Scientifique. 2014. ⟨halshs-01134009⟩

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