Skip to Main content Skip to Navigation
Habilitation à diriger des recherches

Les formes de la métropole : du réseau à la canopée, de la mesure au paysage : Tours, skyline et canopée

Résumé : Avec le programme de recherche SKYLINE (ANR), j’ai emmené un collectif de chercheurs dans l’exploration des enjeux paysagers des tours en focalisant l’attention sur une dimension particulière du paysage de la ville : le skyline. Du fait de leurs caractéristiques architecturales et de leur proéminence, les tours s’inscrivent dans le paysage matériel à toutes les échelles. En revanche, elles seules sont lisibles et impactent le grand paysage lu dans son volume. Elles y jouent parfois le rôle d’emblèmes de dynamisme économique et/ou de renouvellement urbain et traduisent un projet politique (McNeill 2005 ; Appert 2008, 2011, 2012). Par leur visibilité, de près comme de loin, elles font partie des édifices les plus contestés, ce au moment où le paysage est remobilisé à la fois comme cadre de vie et pour faire adhérer les populations aux projets urbains. Dans les villes européennes, la contestation des tours s’organise et s’amplifie : Londres (Appert et Drozdz 2010), Paris (d’Aboville 2015), mais aussi Séville, Vienne, Barcelone, Genève et même Saint-Pétersbourg sont concernées (Dixon 2009). La première partie du volume 3 consiste à caractériser le retour des tours en Europe et à en expliciter les ressorts. Les crises économiques qui se succèdent dans les années 1970 et 1980 et la montée des aspirations à la patrimonialisation réduisent l’appétence pour les tours nées du modernisme et de la phase de verticalisation des Trente Glorieuses. Elles sont rejetées à la fois par une partie de la population et les municipalités. Les décennies 1980 et 1990 sont celles d’un étiage marqué, à quelques exceptions prés. Après cette période d’étiage durant laquelle très peu de tours ont été construites, les villes européennes connaissent un regain d’intérêt pour cette forme architecturale et urbaine. Si le retour des tours est encore modeste en France, il atteint une ampleur sans précédent dans bon nombre de pays européens, témoignant tout d’un changement de contexte économique et politique. La nécessité de densifier les villes pour en réponse aux injonctions du développement durable fait quasi-consensus politique. Elle s’arrime sur une gouvernance publique-privée dans laquelle les municipalités devenues entrepreneuriales adoptent un agenda de croissance qui passe le plus souvent par des politiques visant à rendre plus attractifs les territoires urbains. Dans ce contexte, les tours se trouvent de nouveau légitimées. Elles sont synonymes de maximisation de l’usage du sol pour des fonctions résidentielles et commerciales et, lorsqu’elles sont localisées à proximité des nœuds de transport collectif, des signaux de centralité de réseau et de régénération urbaine. C’est une logique économique de l’offre qui prévaudrait : le choix des tours n’émane pas des populations et pas non plus nécessairement des municipalités. La promotion immobilière est désormais le principal acteur de la verticalisation. Les élus, tels que Gérard Colomb à Lyon, ou encore Ken Livingstone et Boris Johnson à Londres, conquis par la symbolique des tours, instrumentalisent les projets pour commercialiser leurs territoires. Les représentations des tours resteraient souvent complexes et polarisées. Les acteurs français interrogés dans cette partie ont confirmé l’hypothèse d’un traumatisme de l’architecture moderniste, des grands ensembles, parmi les praticiens, les élus et une partie de la population. Prenant acte de cette imaginaire négatif, les promoteurs ne tableraient donc pas sur un retour « spontané » vers les tours (Fincher, 2007; Mollé, 2016). Ils tendraient plutôt à remobiliser les imaginaires de l’élévation, de la domination et de la distinction, pour reformuler leur offre de logements et de bureaux verticaux dans des produits commerciaux qui associent habitat, vue et lifestyles. La deuxième partie du volume 3 revient sur les conflits paysagers suscités par le retour des tours en Europe. Les recherches scientifiques qui ont pour horizon la durabilité, ont longtemps laissé de côté l’impact paysager des tours. Promouvoir une ville durable ne se limite pas à identifier et mettre en œuvre les conditions d’une ville moins énergivore, il s’agit aussi de considérer l’altération potentielle des rapports des sociétés urbaines à leur paysage dans le contexte de verticalisation. Projection des activités, des normes et des règlements urbains, le paysage urbain est aussi un marqueur territorial, une signalétique du vivre ensemble et une ressource économique et sociale. Le retour des tours mobilise plusieurs dimensions du paysage. Dans la majorité des cas, le skyline - même s’il n’est pas toujours nommé - en tant que matérialité et représentation d’une vaste portion du territoire urbain lue dans sa verticalité, est au cœur de conflits entre acteurs économiques, praticiens, élus et associations. La deuxième partie du volume lui est consacré. Ayant acté et analysé les conflits associés au skyline (Appert, 2008, 2011 ; Appert et Montès, 2015), J’ai proposé de le décrypter, d’en stabiliser le contenu et les contours, et d’en discuter les représentations matérielles et mentales pour alimenter le débat public. L’horizon de la réflexion est aussi celui d’un appareillage des acteurs, municipalités et associations, confrontés à une accentuation de la pression à la verticalisation. La dernière partie du volume 3 constitue une programmation des recherches à venir dans le prolongement du programme ANR SKYLINE. Ces recherches futures s’inscrivent dans le champ de la ville verticale, que je continue à alimenter à travers deux axes distincts : l’habiter dans les tours (chaire industrielle HEVD Université de Lyon, labex IMU) et la formalisation et la mesure de la canopée urbaine (ANR CANOPY).
Document type :
Habilitation à diriger des recherches
Complete list of metadatas

Cited literature [51 references]  Display  Hide  Download

https://halshs.archives-ouvertes.fr/tel-01425959
Contributor : Manuel Appert <>
Submitted on : Thursday, January 12, 2017 - 7:41:27 AM
Last modification on : Wednesday, August 5, 2020 - 3:42:34 AM
Document(s) archivé(s) le : Friday, April 14, 2017 - 1:50:13 PM

Identifiers

  • HAL Id : tel-01425959, version 1

Citation

Manuel Appert. Les formes de la métropole : du réseau à la canopée, de la mesure au paysage : Tours, skyline et canopée. Géographie. Université Lyon 2, 2016. ⟨tel-01425959⟩

Share

Metrics

Record views

1170

Files downloads

1821