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Journal articles

John Eccles Réfute sa propre théorie de la communication entre les neurones

Résumé : En 1951, coup de théâtre à la réunion de la Physiological Society de Londres. L'éminent neurophysiologiste australien, John Carew Eccles, renie publiquement en toute liberté la théorie électrique dominante de la neurotransmission. Selon cette théorie les neurones communiquent entre eux par des phénomènes électriques directs, au niveau des synapses, les contacts spécialisés entre les neurones. Au fils des années, Eccles est devenu l'un des plus ardents défenseurs de cette théorie, en combattant les partisans d'un mécanisme chimique de neurotransmission. Pour les neurophysiologistes, il est difficile d'imaginer que le cerveau humain, si complexe et si délicat dans ses mécanismes, puisse fonctionner autrement que par des câblages fins entre neurones. En annonçant publiquement son revirement, Eccles passe pour un fou, tant il paraît se décrédibiliser. On pense à Galilée. Mais c'est sous la contrainte que le savant florentin avait reconnu les égarements de sa doctrine, agenouillé devant les cardinaux inquisiteurs de son tribunal ecclésiastique. L'abjuration de la théorie électrique qu'Eccles semble s'infliger librement est incompréhensible, vues la véhémence et l'efficacité de ses attaques contre la théorie chimique de Sir Henry Dale. Comme la plupart des neurophysiologistes de son temps, comme Louis Lapicque en Sorbonne en France, Eccles avait accepté la démonstration de Dale de la transmission chimique dans les ganglions nerveux. Néanmoins Eccles a échafaudé dès les années 1930 des théories électriques élaborées de la jonction neuromusculaire et du système nerveux central. Pour Eccles et ses collègues, la transmission neuronale s'y produit si rapidement qu'elle ne peut être qu'un phénomène électrique. Eccles l'a lui-même mesurée avec les nouveaux oscillographes cathodiques à partir de 1935. Pendant de longues années, Eccles défend ses théories avec une immense combativité, d'une manière digne de l'intellectuel qu'il est, s'intéressant à la philosophie des sciences, et du grand sportif qui a l'habitude de proposer à ses invités de partager une partie de tennis dans le cours privé de sa propriété. Dans son laboratoire, Eccles n'a pas un caractère facile, toujours prêt à s'engager dans un débat scientifique, au point de s'entêter, en restant campé sur certains arguments, et en se faisant parfois l'avocat du diable, alors qu'il est capable finalement d'adopter le lendemain le point de vue de son rival comme si cela allait de soi. Le revirement d'Eccles se serait-il produit sur un coup de tête suite à l'une des nombreuses batailles animées avec l'un de ses jeunes collègues ? Les choses sont beaucoup plus complexes. John Eccles est né en Australie, à Melbourne en 1903. Il a été l'un des derniers élèves de Sir Charles Sherrington, à Magdalen College, à Oxford. Sherrington est alors le chef de file de l'école de neurophysiologie britannique d'Oxford et prix Nobel de 1932. Toujours sûr de lui, et avec une certaine prétention, Eccles dira plus tard de Sherrington qu'il était la seule...
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Contributor : Jean-Gaël Barbara <>
Submitted on : Thursday, December 31, 2020 - 8:53:30 AM
Last modification on : Friday, January 8, 2021 - 3:27:29 AM

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  • HAL Id : halshs-03091439, version 1

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Jean-Gaël Barbara. John Eccles Réfute sa propre théorie de la communication entre les neurones. Pour la science, Société Pour la Science 2019. ⟨halshs-03091439⟩

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