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Pour qui est-on étranger ? Normes et réalités de la distinction forestieri/cittadini dans les communes italiennes

Résumé : Le couple forestieri/cittadini structure fortement la perception de la société communale italienne dès le XIIIe siècle, mais il convient de dépasser ce dualisme pour éviter certaines apories. Une étude extensive d’une vingtaine de statuts communaux entre la fin du XIIe siècle et le milieu du XIVe siècle, confirmée par la bibliographie existante, permet en effet de montrer que la citoyenneté se définit en creux et en regard de la définition des forestieri, définis comme ceux qui ne sont pas nés dans la ville, n’y ont pas élu domicile en achetant une maison ou des moyens de production, n’y ont pas fait souche en y établissant leur famille ou en contractant des mariages mixtes, et ne participent pas à l’effort commun en payant des impôts et en participant aux tours de garde des milices et aux chevauchées communales. On peut alors penser qu’en délimitant ses marges, la commune italienne fait émerger une « pensée d’Etat », et que, pour reprendre les termes d’Abdelmayek Sayad , la commune italienne « se pense elle-même en pensant les forestieri ». On pourrait alors penser que le couple forestieri/cittadini est un couple structurant essentiel et ne souffrant pas d’exception, mais en étudiant les modalités de la naturalisation qui permettent de cesser d’être étranger dans ces communes, et en particulier à Florence et à Pise, on se rend compte que des catégories intermédiaires apparaissent dans la seconde moitié du XIVe et au XVe siècle : d’une part, des seuils sont mis en place entre la citoyenneté pleine et le naturalisé, qui doit bien souvent éprouver une longue période probatoire (20 ans) avant de pouvoir accéder aux offices publics ; et des distinctions géographiques sont d’autre part mises en place selon les lieux d’origines, puisqu’apparaît la catégorie intermédiaire des villani incittadini résidant alternativement dans le contado et dans la città, et que la mise en place des Etats régionaux conduit à passer des accords avec les communes assujetties pour leur donner des conditions favorables (si cela se fait sur le mode de la contractualisation) ou pas (si c’est réglé par la force) d’accessions à la citoyenneté de la cité dominante. Si la distinction entre forestiero et cittadino s’atténue, il s’agit en réalité d’un alignement par le bas, qui renforce la domination des citoyens de plein droit (ex origine) sur les citoyens naturalisés (ex privilegio) et sur les forestieri. Changer de point de vue permet également de relativiser la réalité du couple forestiero/cittadino, à travers le cas des relations entre marchands florentins et pisans entre 1369 et les années 1380. Le traité commercial de 1369 établit en effet une série de mesures réciproques entre les deux villes, notamment l’exemption de gabelles sur les échanges et la surveillance du fondaco florentin par la commune pisane : cette série de mesure est clairement favorable aux Florentins et fait d’eux une catégorie de forestieri privilégiés, désirés, pour lesquels ils est plus avantageux d’être Florentin que de se faire naturaliser Pisan. Or, l’identification des Florentins pour éviter les fraudes s’intensifie et se fait plus stricte après 1385, alors que Pise connaît la fin d’un cycle de croissance : il s’agit de restreindre l’application aux seuls Florentins alors que des membres des cités sujettes pouvaient en bénéficier. D’autre part, l’étude du procès pour faillite de Piero di Pucciarello di Aiutamicristo de Pise en 1389 nous rappelle que le statut d’étranger est compris différemment selon l’universitas concernée (5 ans pour la mercanzia de Florence, 10 ans pour la commune), et surtout qu’il ne s’agit que d’une ressource dans les interactions conflictuelles entre marchands, puisque cet argument n’apparaît qu’au terme d’un durcissement des relations entre marchands florentins et pisans.
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02984829
Contributor : Cedric Quertier <>
Submitted on : Sunday, November 1, 2020 - 11:19:59 AM
Last modification on : Tuesday, January 19, 2021 - 11:08:21 AM

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  • HAL Id : halshs-02984829, version 1

Citation

Quertier Cédric. Pour qui est-on étranger ? Normes et réalités de la distinction forestieri/cittadini dans les communes italiennes. Cécile Becchia; Marion Chaigne-Legouy; Laëtitia Tabard. Ambedeus. Une forme de relation à l’autre au Moyen Âge, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, p. 207-220, 2016, 979-10-231-0535-3. ⟨halshs-02984829⟩

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