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Postface. De la confrontation aux transactions. Les mutations des relations entre villes et campagnes

Résumé : Postface : De la confrontation aux transactions. Les mutations des relations entre villes et campagnes Éric Charmes, directeur de recherche, ENTPE, Université de Lyon Cette postface propose une lecture de ce livre du point de vue des études urbaines. A priori, cela signifiait lire ce livre du point de vue de l'accusé, ou du moins comme l'un de ceux qui regardent les espaces non bâtis, et notamment les terres agricoles, comme des réserves foncières, des espaces disponibles pour l'urbanisation future. Cependant, ce livre, et c'est sa première qualité, montre clairement que de telles perspectives sont en train d'être dépassées. Les capacités de résistance de l'agriculture aux agressions des villes restent certes une question centrale, mais de plus en plus cette question laisse la place à d'autres, sur l'articulation entre usages citadins et agricoles des sols. Les rapports entre l'agriculture et l'urbanisation ne se réduisent plus à un jeu à somme nulle où la seconde gagnait ce que la première perdait. Chez les aménageurs, les terres agricoles ne sont plus vues comme de simples feuilles blanches, de même que les agriculteurs ne pensent plus systématiquement la ville comme un agent étranger ou pire comme un ennemi. Comme Monique Poulot et ses collègues (2016) le soulignent, les relations entre villes et campagnes s'inscrivent de moins en moins dans le registre de l'opposition et de plus en plus dans celui de la transaction, de l'échange. Cette évolution s'exprime de diverses manières, comme avec la mise en débat des relations que villes et campagnes nouent autour de l'alimentation, ou encore avec les discussions sur les bilans carbone. Tout cela débouche sur des volontés d'élaborer des projets partagés de territoire (les « contrats de réciprocité » en sont une illustration certes encore balbutiante mais significative). Monique Poulot et ses collègues emploient le terme transaction en s'inspirant des travaux de Jean Rémy. Selon ce dernier, la transaction ne se réduit pas à sa dimension économique. La transaction ne résulte pas seulement d'un échange de biens, elle peut aussi être sociale, comme lorsque que des acteurs porteurs d'intérêts différents négocient leur coexistence. Et comme Jean Rémy l'explique dans un entretien accordé à la revue Négociations (2005), la transaction a partie liée avec l'innovation : « Au terme d'une séquence transactionnelle, le produit peut renforcer l'ordre préexistant ou le déforcer. Mais ce produit transactionnel va être à l'origine d'une nouvelle séquence et, au fil des séquences et d'une convergence entre une pluralité de cas, une nouvelle normativité peut prendre corps, se condenser. Cette condensation peut être très ténue au départ, puis s'épaissir au fur et à mesure des séquences transactionnelles ultérieures pour finir par transformer de façon significative le contexte et les normes de comportement ». Ces mots de Jean Rémy résument bien, de manière abstraite, les processus détaillés tout au long de ce livre. En entrant dans un processus transactionnel, villes et campagnes se sont engagées dans une redéfinition de leurs relations. Cette postface insiste sur les origines et les modalités de ce processus. L'urbanisation contre l'agriculture ou la difficile défense d'une ligne de front Avant de détailler les transactions présentées dans ce livre, il faut commencer par ce qui reste la vision dominante des relations entre villes et campagnes, celle d'une agriculture mise en péril par l'avancée du front urbain. Dans un monde agricole autonome, isolé de toute influence extérieure, les terres s'échangent en vue d'une production agricole et leur valeur dépend de ce qu'il est possible d'y cultiver. Mais les marchés fonciers agricoles ne sont pas autonomes (Comby 2010), ils sont souvent perturbés par l'intérêt que d'autres usagers portent aux terres. Dans un grand nombre de situations, la production agricole est l'usage le plus rentable du sol. C'est notamment le cas dans les secteurs ruraux que l'on dit « isolés », loin des grandes
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02969943
Contributor : Eric Charmes <>
Submitted on : Saturday, October 17, 2020 - 9:15:06 AM
Last modification on : Tuesday, November 3, 2020 - 1:42:02 PM

Identifiers

  • HAL Id : halshs-02969943, version 1

Citation

Éric Charmes. Postface. De la confrontation aux transactions. Les mutations des relations entre villes et campagnes. Coline Perrin; Brigitte Nougareydes. Le foncier agricole dans une société urbaine, Cardère, pp.335-348, 2020, 978237649111. ⟨halshs-02969943⟩

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