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Conference papers

Les enjeux de la cartographie #3 : enjeux rhétoriques

Résumé : La carte est l'instrument fondamental du géographe. Elle permet de faire émerger des hypothèses, de tester une intuition, de valider un raisonnement, de spatialiser le regard. En sciences, la carte peut d'ailleurs valoir de preuve. L'élaboration d'une carte à la fin d'un processus de recherche permet aussi d'expliquer par l'image le résultat d'un raisonnement donnant toujours lieu à une représentation donnée du Monde, située. Le fait qu'il y ait 1000 et 1 manières de mettre le Monde en cartes suggère autant de discours envisageables. La carte illustre en réalité, par l'intermédiaire d'un langage graphique plus ou moins formel, un ensemble d'arguments dont la présentation n'est pas dénuée de techniques de rhétorique. Certaines cartes de l'agence Frontex en sont l'exemple frappant. En représentant des migrations sud-nord par de grosses flèches rouges pointant de façon menaçante vers les pays de l'Union européenne, leurs cartes font plus que mettre, simplement, des chiffres en images. Elles racontent un phénomène inscrit dans un espace géographique, de son point de vue : celui d'une autorité qui considère qu'il faut « protéger » les frontières européennes de l'arrivée de migrants jugés trop nombreux. Le mode de représentation traduit un parti pris cartographique indéniable pour soutenir leur position. Et pourtant, d'autres choix étaient possibles : en jouant sur l'échelle du rendu ou sur les figurés graphiques eux-mêmes, ou sur les questionnements sous-jacents. Qu'y a-t-il derrière ces grosses flèches rouges ? Quid des histoires individuelles de ces hommes, de ces femmes et enfants en migration ? Faire une carte, ce n'est pas mettre en image le réel, c'est en représenter une facette. C'est porter un regard sur le Monde, donner une représentation nécessairement tronquée et simplifiée de la réalité. La réalisation d'une carte résultant de choix pris dans un éventail de possibles, elle n'est ni totalement objective, ni complètement neutre ; elle se doit donc d'être conçue avec honnêteté. Les cartes servent aussi à dénoncer, à alerter. C'est l'objectif de celles qui sont réalisées depuis 2003 sur les morts et portés disparus aux frontières de l'Europe. En montrant les logiques spatiales et leurs évolutions à travers le temps, ces cartes permettent de mettre directement en cause les politiques de durcissement des frontières extérieures de l'Union européenne et leurs conséquences. Chaque fois qu'un point de passage est fermé (détroit de Gibraltar, Iles Canaries, Lampedusa,?etc.), les flux migratoires sont déviés mais non stoppés. En d'autres termes, chaque fermeture conduit à des morts... La carte réalisée dans ce contexte joue alors un rôle de contestation qui n'est pas sans rappeler la démarche du géographe américain Wiliam Bunge. Enfin, l'exemple de la cartographie des migrants syriens permet de montrer à quel point les images cartographiques peuvent être sujettes à caution. En changeant les mots, les couleurs, la taille des symboles, l'emprise de la vue, il est possible de faire tout dire à une carte, et son contraire ! À travers cet exercice de déconstruction, l'esprit critique est de mise. Cette mise en garde permet de démontrer qu'aucune carte n'est innocente ; que derrière chacune d'elles se cachent des choix et des intentions qu'il faut savoir débusquer pour bien comprendre son message.
Document type :
Conference papers
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02937241
Contributor : Françoise Bahoken <>
Submitted on : Saturday, September 12, 2020 - 10:33:54 PM
Last modification on : Tuesday, April 20, 2021 - 4:28:04 PM

Identifiers

  • HAL Id : halshs-02937241, version 1

Citation

Nicolas Lambert, Françoise Bahoken. Les enjeux de la cartographie #3 : enjeux rhétoriques. Les représentations des migrations, Séminaire du laboratoire Migrations internationales, espaces et sociétés (Migrinter), Apr 2019, Poitiers, France. ⟨halshs-02937241⟩

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