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"L’énergie hydraulique et le développement d’un territoire industriel"

Abstract : Longtemps pensé en termes d’énergie fossile disponible par les historiens, le développement industriel de nombreux territoires ruraux ne pouvait qu’être voué à l’échec. Cependant, « le choix du feu » n’avait rien d’inéluctable. Penser que les acteurs des XVIIIe et XIXe siècles qui n’ont pas opté pour l’usage du charbon se sont trompés est un anachronisme dû au biais téléologique. En effet, à la fin du XIXe siècle, plusieurs succès industriels furent basés sur l’énergie hydraulique car le modèle d’industrialisation français était mixte : on y trouvait à la fois des grandes industries mais aussi de petites et moyennes industries, spécialement celles fabriquant les articles de Paris, objets de taille relativement modeste qui, telle « l’activité lunetière nécessite peu d’énergie » . Plus largement, « la Franche-Comté dans son ensemble et le Haut-Jura en particulier offrent l’exemple de territoires largement pourvus en ressources hydrauliques qui ont été utilisées pour développer la production industrielle » . Si l’Est de la France a bénéficié, en partie, d’une réévaluation du rôle de l’énergie hydraulique dans son développement économique, il n’en va pas de même pour le sud de notre pays. À la suite des travaux de François Crouzet , le Midi, ne disposant pas de grandes industries utilisant le charbon, n’était vu qu’en termes de sous-développement économique et, logiquement, les choix de ses acteurs, estimés mauvais. Pourtant, la réussite de différents territoires vient contredire ses assertions, qu’il s’agisse du mazamétain ou du Pays d’Olmes, à cheval sur les actuels départements de l’Aude et de l’Ariège, dont Jean-Michel Minovez a largement démontré les capacités d’adaptation sur la longue durée . Deux autres activités industrielles ont connu une prospérité remarquable sur ce territoire : la bijouterie en jais et la fabrication de peignes. Loin d’être anecdotique, l’industrie du jais exportait pour plus de 500 000 livres au milieu du XVIIIe siècle et, à son apogée à la fin des années 1920, l’industrie du peigne produisait 30 millions d’unités . L’essor de ces industries reposa, en grande partie, sur l’énergie hydraulique, disponible en abondance au pied des Pyrénées. La prééminence du Pays d’Olmes au XVIIIe siècle, loin devant l’ancien et puissant centre d’orfèvrerie en jais de Saint-Jacques-de-Compostelle, doit beaucoup au moulin à jais. Il s’agit, à l’instar des forges à la catalane , d’un système technique simple mais d’une redoutable efficacité : quatre à six meules de grès, mues par l’énergie hydraulique, permettaient, dans le même mouvement, de tailler et polir des perles de jais tandis qu’un circuit d’eau, alimentée par une roue à augets, arrosait en permanence les meules pour que le jais ne soit pas si cassant . Ainsi, vers 1750, environ 300 ouvrières produisaient chaque jour des dizaines de milliers de perles. Cette mécanisation à moindre coût – environ 200 livres pour un moulin – rendit le territoire très concurrentiel. Les guerres napoléoniennes firent perdre à cette industrie ses lieux d’approvisionnement et d’exportation, ce qui entraîna sa chute et une réorientation des acteurs vers l’industrie du peigne. Dans les années 1840-1850, ses entrepreneurs surent s’adapter et utiliser l’énergie hydraulique en transformant les anciens moulins à jais et les forges à la catalane laissés à l’abandon en usines de peigne. La plus importante de ces usines disposait, en 1906, d’une « chute d’eau, turbinée, [qui] procure une force motrice de 120 chevaux » , lui permettant de produire environ 5 millions des peignes. Combinant déjà l’énergie hydraulique avec la vapeur, complément nécessaire pendant les périodes de basses eaux de l’Hers et du Touyre, le Pays d’Olmes utilisa massivement l’électricité dès le début du XXe siècle. Le réemploi constant de l’énergie fournie par l’eau l’amena à installer une des premières centrales hydroélectriques du piémont pyrénéen vers 1900. Pour se fournir en électricité, les entrepreneurs du peigne élaborèrent même des projets de barrages en moyenne montagne. L’énergie fossile ne fut donc jamais conçue ici comme une alternative réaliste et efficace mais comme un complément, car les acteurs du Pays d’Olmes savaient faire feu de tout bois. Plus largement, il est très probable que de nombreux centres industriels du piémont pyrénéen suivirent le même modèle de développement en réutilisant en permanence l’énergie hydraulique.
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02925677
Contributor : Bruno Evans <>
Submitted on : Sunday, August 30, 2020 - 5:39:19 PM
Last modification on : Wednesday, February 17, 2021 - 10:46:48 AM

Identifiers

  • HAL Id : halshs-02925677, version 1

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Citation

Bruno Evans. "L’énergie hydraulique et le développement d’un territoire industriel". François JARRIGE; Alexis VRIGNON. Face à la puissance. Une histoire des énergies alternatives et renouvelables à l’âge industriel, La Découverte, 2020. ⟨halshs-02925677⟩

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