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"Le pouvoir chez John Locke"

Résumé : La lecture rapide du Second Traité semble révéler cinq pouvoirs : le constituant, le législatif, le judiciaire, l'exécutif et le fédératif. II faut pourtant se garder de considérer que Locke s'en remet toujours à cette présentation. En effet, elle n'est réellement développée substantiellement que dans le début du Second Traité, lorsque le philosophe s'attarde sur l'état de nature. Au contraire, dès qu'il traite de la société politique mise en place par le pacte social, il s'appuie sur la distinction entre le législatif, l'exécutif et le fédératif. On en a parfois déduit que Locke proposait non pas une mais deux classifications des pouvoirs. La première, négative, se référerait uniquement aux insuffisances de l'état de nature, justifiant le choix de l'homme pour la société politique ; Locke emploierait implicitement le schéma tripartite (législatif, exécutif, judiciaire) – utilisé ensuite par les théoriciens politiques à partir du XVIIIe siècle – afin de constater l'absence de ces pouvoirs dans l'état de nature. La seconde classification apparaîtrait lorsque Locke analyse la société politique après le pacte social ; la trilogie devenant alors « législatif, exé-cutif, fédératif ». Cette conception de la double classification des pouvoirs, qui méconnaît le rôle dévolu par le philosophe au pouvoir consti¬tuant et au pouvoir judiciaire, mérite d'être discutée, car les divers pou¬voirs repérés ne sont pas de même nature et ne se situent pas sur le même plan. D'abord, le pouvoir judiciaire ne disparaît pas avec la société politique. Pour Locke, la justice ne cesse jamais d'être le critère de toute société. Elle reste le fondement juridique initial et la genèse des pouvoirs législatif et exécutif ainsi que des gouvernements et des sociétés mêmes. Le pouvoir judiciaire est la dimension principielle de toute société politique. La puissance de l'État n’est pas seulement une puissance de droit, mais la puissance du droit lui-même, prononcée non pas par un individu quelconque qui en appelle au Ciel, mais par un juge reconnu de tous, autrement dit, l'instance positive compétente qu'est le tribunal. Ensuite, Locke n'oublie jamais le rôle essentiel du pouvoir constituant qui est étroitement relié à la création du pacte social. Il est absent de la trilogie « législatif, exécutif, fédératif » parce qu'il ne s'exprime pas dans un organe spécifique, mais il ne peut être nié qu'il reste le bien du peuple, l'expression directe de la souveraineté. C'est lui qui assure que les individus se conduisent de manière raisonnable dans leurs relations politiques. Son existence est la condition sine qua non de la permanence de la société. Ainsi, bien que la trilogie « législatif, exécutif, fédératif » soit pour Locke la seule expression institutionnelle du fonction¬nement du pouvoir dans l'État civil, elle n'en est pas moins soumise à l'existence du pouvoir constituant et à la permanente nécessitée de la puis¬sance judiciaire qu'elle ne remet pas en cause.
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02873595
Contributor : Jean-Paul Valette <>
Submitted on : Thursday, June 18, 2020 - 1:37:09 PM
Last modification on : Wednesday, September 16, 2020 - 5:48:37 PM

Identifiers

  • HAL Id : halshs-02873595, version 1

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Citation

Jean-Paul Valette. "Le pouvoir chez John Locke". Revue du droit public et de la science politique en France et à l'étranger , Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence, 2001, pp.85-118. ⟨halshs-02873595⟩

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