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Conference papers

L'historien, l'indice et le cas singulier : Le diable est-il dans les détails ?

Abstract : Depuis les alentours de 1900, les historiens ont été assignés à l’étude des singularités dont ne pourrait résulter nul énoncé de règle, par opposition (revendiquée) non seulement à la sociologie mais aussi à la philologie. Le fondement épistémique inavoué de cet empirisme absolu est celui de la trace, constitué dès ce moment et admis de façon générale comme l’objet premier du travail historien (« connaissance par traces »), sans qu’on prenne garde, justement, à ses effets épistémiques, y compris de la part de ceux qui, dès l’Entre-deux-guerres, tentèrent de revenir sur la désarticulation disciplinaire et l’assignation de l’histoire à la pure empirie. Ce n’est que vers la fin du XXe siècle que ce mode de connaissance se vit doté de ses bases théoriques et génétiques, avec le « paradigme indiciaire » de Carlo Ginzburg, qui permettait à celui-ci d’établir un abîme infranchissable entre les disciplines indiciaires (dont l’histoire) et les sciences nomologiques (dites « galiléennes »), et ce faisant de faire de la micro-histoire, dont C. Ginzburg était l’un des principaux promoteurs, le paradigme de l’enquête historique, tout entière tournée vers la restitution de singularités. Diverses critiques peuvent être apportées à ce paradigme indiciaire et aux conséquences qui en sont tirées. D’une part, la question se pose de savoir ce qu’on entend par « trace » ou « indice », au-delà de la familiarité vague que ces métaphores génèrent dans notre esprit. On peut ainsi montrer que le régime de trace choisi, notamment au sein de l’univers cynégétique, a pour effet de bloquer la démarche historienne dans un rapport passé/présent et de résurrection (du passé dans le présent) qui, de fait, rend très difficile de passer à un niveau permettant la théorisation, à savoir celui des processus sociaux. Mais on peut également montrer qu’il existe une très nette proximité, voire identité, entre un certain régime de la trace historique (à élaborer) et la connaissance scientifique expérimentale (« dure »). D’autre part, le statut signifiant de l’objet singulier auquel semble renvoyer inéluctablement la trace a fait l’objet, dans les dernières décennies, de propositions méthodologiques ou épistémologiques dispersées qui permettent de réarticuler différemment la question de l’objet singulier et de la règle : la variation d’échelles (comme forme française de réponse au défi de la micro-histoire), l’exception qui confirme la règle et la montée en généralité à partir du cas (impliquant la distinction soigneuse entre cas, exemple et échantillon), la matrice combinatoire et la variance (l’historien retrouvant comme objet l’explication des écarts et des différences et non pas la succession de phases).
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02530097
Contributor : Joseph Morsel <>
Submitted on : Thursday, April 2, 2020 - 4:53:51 PM
Last modification on : Monday, October 19, 2020 - 11:07:42 AM

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Morsel (Singularité) 2019.pdf
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  • HAL Id : halshs-02530097, version 1

Citation

Joseph Morsel. L'historien, l'indice et le cas singulier : Le diable est-il dans les détails ?. Cartes d’identités. L’espace au singulier, Jul 2017, Cerisy, France. p. 123-149. ⟨halshs-02530097⟩

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