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Conference papers

Quelle interdisciplinarité pour évaluer la toxicité pour l’Homme de particules nanométriques n’existant pas encore ? L’exemple des poussières tritiées de tungstène qui seront produites dans les machines de fusion nucléaire du futur

Résumé : A l’occasion d’un appel à projets interdisciplinaires, une équipe de chercheurs rattachés à différents laboratoires s’est formée pour évaluer la toxicité pour l’homme de poussières tritiées de tungstène qui seront produites dans les machines de fusion nucléaire du futur par les plasmas qui érodent les parois du réacteur. Au côté de physiciens des plasmas, de spécialistes de géoscience, de toxicologues, l’équipe comprenait un sociologue. D’ordinaire intéressé aux questions de santé au travail chez les travailleurs des installations de fission nucléaire, il était curieux d’assister là à l’invention de modalités pour prendre en compte d’éventuels nouveaux risques qui pourraient être associés au travail dans de nouveaux équipements nucléaires. Le programme a donc été l’occasion d’une réflexion sur les conditions de construction d’une cause scientifique autour d’un hypothétique enjeu de santé au travail, voire de santé environnementale. Doublement hypothétique car non seulement les effets sanitaires des poussières tritiées de tungstène ne sont pas attestés à ce jour mais ils sont même non testables dans l’absolu puisque les poussières en question n’existeront qu’avec le fonctionnement de la machine de fusion qui est encore en construction (le réacteur ITER installé dans les Bouches-du-Rhône). Cela a fait voir comment on peut travailler une telle question en dehors d’un contexte d’urgence sanitaire : en profitant d’opportunités et en construisant d’autres formes d’impératifs que l’urgence. Le suivi ethnographique du programme a permis d’interroger les conditions d’une recherche académique sur une thématique réclamant une interdisciplinarité large, dépassant les sciences et techniques pour impliquer des disciplines du secteur de la santé et des sciences sociales (avec de la sociologie du travail et de la sociologie des sciences). La communication évoque les résultats de ces observations sur les formes institutionnelles de la recherche, sur ses modes de financement sur contrat, sur les collectifs de travail qu’elle a conduit à composer et à recomposer. Elle détaille les échanges dont ces résultats ont été l’occasion dans l’équipe, au fil du programme et surtout à son terme : au moment d’en rendre compte au financeur et d’imaginer des prolongements au programme. La construction d’un éventuel enjeu de santé publique sur le sujet des poussières tritiées de tungstène des tokamaks se révèle réclamer une coopération proprement interdisciplinaire qui dépasse la mobilisation juxtaposée de savoirs disciplinaires pluriels. Les conditions nouvelles d’exercice de la science ne la favorisent pas clairement, notamment compte tenu du financement de la recherche par contrats et du recours croissant aux postdoctorants. Mais on note que l’invitation à la rencontre interdisciplinaire qui est formulée sur un mode d’injonction par certaines agences de moyens de la recherche contemporaine mérite d’être examinée pour quelques effets inattendus sur les dynamiques de recherche. La troisième partie de la communication détaille quelques entraves à la construction d’une cause scientifique autour des enjeux sanitaires redoutés ici, qu’on trouve notamment du côté de certains acteurs du secteur nucléaire. Elle précise les voies à portée de main pour avancer dans une telle construction du côté de la recherche publique et, enfin, elle interroge les raisons d’une relative indifférence aux signaux d’alerte qui sont susceptibles d’être portés par les travailleurs du secteur.
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02513975
Contributor : Pierre Fournier <>
Submitted on : Saturday, March 21, 2020 - 11:39:24 AM
Last modification on : Monday, April 6, 2020 - 9:56:04 AM

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  • HAL Id : halshs-02513975, version 1

Citation

Pierre Fournier, Christian Grisolia, Thierry Orsiere. Quelle interdisciplinarité pour évaluer la toxicité pour l’Homme de particules nanométriques n’existant pas encore ? L’exemple des poussières tritiées de tungstène qui seront produites dans les machines de fusion nucléaire du futur. Contaminations, environnement, santé et société : de l’évaluation des risques à l’action publique, Centre d'Etude et de Recherche Travail Organisation Pouvoir (CERTOP); Géosciences Environnement Toulouse (GET), Jul 2018, Toulouse, France. ⟨halshs-02513975⟩

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