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Conference papers

Echenoz biographe du vide

Résumé : Les fictions biographiques encombrent désormais les vitrines de nos librairies. Avec sa trilogie, « suite de trois vies » pour la quatrième de couverture de Des éclairs, Ravel (une vie d'artiste, 2006), Courir (une vie de héros, celle du champion tchèque Zatopek, 2008) et Des éclairs (une vie de savant, celle de l'inventeur Nicola Tesla, 2010), Jean Echenoz n'a pas échappé à la mode de ces biographies conjecturales et souvent largement fictionnelles qui constituent un genre de fait du contemporain. Jouant la déconstruction des illustres ou au la magnification des minuscules contre le roman à thèse ou la biographie académique, le genre qui s'est arrogé en régime démocratique le champ d'une écriture égalitaire du l'unique, du singulier, de l'incomparable à travers des vies régies par la liberté de l'imagination, le parcours d'espaces intérieurs nouveaux, la passion pour des solutions existentielles atypiques. Des vies marginales et incertaines, opaques et étranges, aussi fameuses qu'elles soient : tels est le paysage biographique dans lequel je voudrais replacer pour mieux le comprendre les vies imaginaires d'Echenoz. Ainsi recontextualisée, cette trilogie nous confronte d'emblée à un paradoxe de l'histoire littéraire contemporaine : pourquoi le moment formaliste, où la littérature tend à jouer à l'infini de ses procédés, et l'époque postmoderne, où l'histoire littéraire vient constituer le substrat ou l'intrigue du récit, vient recourir au genre biographique, pourtant éminemment transitif, à la structure linaire, surdéterminé par son sujet, où les procédés ne devraient avoir comme finalité que l'accès à un autre, à un tiers ? Je défendrais l'idée que le roman ludique 1 d'Echenoz, si elle refuse la forme d'une série de biographèmes pour proposer des récits continus, cherche délibérément à louper et à vider délibérément le portrait ou la vie qu'il esquisse, à éviter scrupuleusement toute forme de réalisme psychologique, sociologique, ou autre, pour faire ostentation de son excentricité, de son incongruité : en cela par une manière analogique de se dérober, il rend hommage à ce que la vie humaine peut avoir autonome, d'obscure, de fermée. Pour Echenoz l'opacité (ou la fausse transparence) du récit font signe : par un mode de signification indirect mais indiciaire, les fictions biographiques d'Echenoz ne représentent pas la vie de leur personnage, elles mettent en regard de l'obscurité de la condition humaine et l'obscurité du geste esthétique.
Document type :
Conference papers
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02430805
Contributor : Alexandre Gefen <>
Submitted on : Tuesday, January 7, 2020 - 3:27:40 PM
Last modification on : Friday, March 6, 2020 - 2:18:34 AM

File

Echenoz_final_Gefen.pdf
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  • HAL Id : halshs-02430805, version 1

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Alexandre Gefen. Echenoz biographe du vide. Jean Echenoz : la fiction, la langue, May 2013, Paris, France. ⟨halshs-02430805⟩

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