Airbnb, Blablacar, Le Bon Coin… À qui bénéficient les plateformes de consommation collaborative ?

Résumé : Hébergement et prêt de particulier à particulier, covoiturage, ces pratiques se sont fortement développées ces dernières années avec l’essor d’Internet et des applications mobiles. La sensibilité aux questions environnementales contribue aussi à ces nouvelles formes de consommation qui tendent à privilégier le recyclage, le partage et les circuits courts. Le succès des plateformes comme Airbnb, Blablacar ou Leboncoin témoigne de cet engouement pour l’économie collaborative. Ces plateformes constituent de réelles innovations économiques et sociales, bénéfiques pour les utilisateurs et la société dans son ensemble. En facilitant la mise en relation entre individus, elles peuvent créer des opportunités d’échanges, développer du lien social, fournir des revenus complémentaires ou encore optimiser l’utilisation de certaines ressources sous exploitées (par exemple, location d’une chambre inoccupée, partage de voiture...). Mais ces plateformes font également l’objet de critiques. On leur reproche notamment de concurrencer de manière déloyale les entreprises existantes et de fragiliser les emplois (en recourant à des particuliers ou des autoentrepreneurs). Cet article propose un état des lieux de l’usage des plateformes collaboratives dans le domaine de l’hébergement de courte durée (comme Airbnb), du covoiturage (comme Blablacar) et de la vente de biens entre particuliers (comme Leboncoin). L’article exploite une enquête réalisée en 2016 auprès de 2 000 personnes représentatives de la population française de plus de 18 ans qui utilise Internet. L’enquête a été conduite par Harris Interactive pour le compte de l’observatoire Marsouin et a pour objet de comprendre qui sont les utilisateurs de ces plateformes, quels sont les freins à l’utilisation de ces plateformes, quels sont les gains obtenus sur ces plateformes et dans quelle mesure les profils des offreurs et des demandeurs sur ces plateformes diffèrent. En particulier, nous souhaitons savoir si l’utilisation de ces plateformes s’est diffusée et bénéficie à l’ensemble de la population, ou si elle se concentre sur certaines catégories de personnes. L’analyse économétrique repose sur l’utilisation de méthodes Probit, Probit bivarié et Tobit. La décision d’un individu d’utiliser ou non une plateforme est expliquée par des caractéristiques socio-démographiques (son âge, son genre, la taille de l’agglomération dans laquelle il réside, son niveau d’éducation, son niveau de revenu, le nombre d’enfants), ses préférences sociales (son degré de confiance dans les autres, son niveau d’aversion au risque, son niveau de sociabilité), ainsi que par les caractéristiques de son entourage (le fait d’avoir des utilisateurs de plateformes dans son entourage). Les résultats obtenus indiquent que la décision d’utiliser ou non une plateforme collaborative est fortement corrélée à certaines caractéristiques socio-économiques d’un individu. Les individus jeunes, bien éduqués et disposant de revenus confortables, sont plus susceptibles d’être utilisateurs de plateformes collaboratives. En outre, les résultats mettent en évidence l’importance du niveau de confiance et de la sociabilité d’un individu sur sa probabilité d’être utilisateur de plateforme. L’ampleur de ces effets diffère selon le secteur d’activité concerné, hébergement entre particuliers, covoiturage ou places de marchés. La confiance a un effet particulièrement important sur la décision d’utiliser une plateforme de covoiturage, l’effet de l’âge est également significatif sur ce type de plateformes. Le niveau de diplôme et le degré de sociabilité sont déterminants pour l’utilisation de plateformes de partage, mais n’ont pas d’effet sur la décision d’utiliser une place de marché. Ces effets diffèrent également en fonction du rôle des utilisateurs sur la plateforme (offreur ou demandeur). Les résultats montrent que les individus ayant un haut degré de confiance envers les autres et/ou un niveau de vie confortable retirent des revenus plus importants sur ces plateformes. Ce dernier résultat suggère que les plateformes collaboratives pourraient renforcer les inégalités de revenus en bénéficiant à ceux qui ont déjà plus de capital économique.
Document type :
Journal articles
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02301951
Contributor : Anne l'Azou <>
Submitted on : Monday, September 30, 2019 - 9:56:59 PM
Last modification on : Wednesday, October 2, 2019 - 1:14:15 AM

Identifiers

  • HAL Id : halshs-02301951, version 1

Citation

Vincent Malardé, Thierry Pénard. Airbnb, Blablacar, Le Bon Coin… À qui bénéficient les plateformes de consommation collaborative ?. Economie et Prévision, Minefi - Direction de la prévision, 2019, 215 (1), pp.1-28. ⟨halshs-02301951⟩

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