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La Riche, Prieuré Saint-Cosme : Tome 2 - Vol. 1 : Archéologie funéraire

Résumé : Comme pour tout monastère, la dimension funéraire des lieux est très importante car les moines sont enterrés sur place, ainsi qu’un certain nombre de laïcs. L’un des principaux intérêts de la fouille du prieuré Saint-Cosme fut la mise au jour de la quasi-totalité des inhumations. Cela permet de raisonner avec certitude sans avoir à se contenter d’échantillons partiels, comme c’est le cas dans la plupart des fouilles de ce genre de site. L'histoire funéraire du prieuré débute avec sa refondation à la toute fin du 11e siècle. Auparavant, les moines étaient ensevelis à la collégiale Saint-Martin, dont dépendait le prieuré. De la refondation jusqu'au passage au régime de la commende à la fin du 15e siècle, deux grands espaces funéraires se développent de part et d'autre de l'église. Les tombes du cimetière nord sont creusées dans un espace situé entre la salle capitulaire, le déambulatoire de l'église, l'infirmerie et la première église du 11e siècle transformée en chapelle funéraire. Au sud, le cimetière s’étend le long du mur gouttereau et devant le portail occidental dans les premiers temps, puis uniquement le long du mur gouttereau après l'adjonction du narthex à l'ouest de l'église. En plus de ces deux grands cimetières extérieurs, d'autres espaces funéraires ont été identifiés : deux petits groupes de tombes sont placés au pied des chapelles axiale et sud du déambulatoire de l'église et plusieurs bâtiments abritent des sépultures : la salle capitulaire, le cloître, le narthex. L'église n'accueille pas de sépultures à l'exception d'une seule, placée au centre de la nef sous une plaque-tombe historiée à la fin de la période médiévale. C’était celle du frère d’un sous-prieur de la communauté. A partir de la fin du 15e siècle, la topographie funéraire est radicalement modifiée. L'église devient le principal lieu d'inhumation tandis que le cimetière nord est réduit à un enclos de quelques dizaines de mètres carrés accolé à l'église. Tous les autres espaces sont interdits aux sépultures. Ces dispositions seront maintenues jusqu'à la fermeture du prieuré en 1742. Le diagnostic et les fouilles ont permis d'identifier 450 tombes auxquels il faut rajouter un grand nombre d’ossements en position secondaire, provenant de tombes perturbées par des inhumations plus récentes : le nombre total d’individus identifiés est de 481 dont trois sont antérieurs à la fondation du prieuré (Haut Moyen Âge). La population du prieuré est évidemment fortement marquée par sa dimension monastique. Les hommes adultes y sont les plus nombreux et l'âge au décès médian des adultes intervient entre 50 et 59 ans. Mais des femmes et des enfants ont aussi été inhumés à Saint-Cosme. Jusqu’au 15e siècle on observe une nette différence entre les espaces intégrés à la clôture (cimetière nord, église, salle capitulaire, cloître), et ceux plus ouvert sur l’extérieur (cimetière sud, narthex). Logiquement, ce sont ces derniers qui accueillent le plus de femmes (de 30 % jusqu’à 45 % selon les phases). Les enfants et adolescents sont, quant à eux, à peu près équitablement répartis entre espaces internes et externes. Très peu nombreux au début du 12e siècle (un grand adolescent pour 94 adultes), leur part dans le corpus augmente progressivement (jusqu’à 10 % de défunts ayant entre 5 et 19 ans à la fin de la période médiévale). Après le passage au régime de la commende la proportion de femmes reste relativement forte (1 pour 4 hommes) mais cette fois ci sans distinction d’un espace à l’autre. Celle des enfants et adolescents augmente encore pour atteindre 17% de l’effectif. Ceux-ci sont, par ailleurs, de plus en plus jeunes : deux fœtus ont même été inhumés dans l’église au 17e siècle. Les différences de composition de la population d'un espace à l'autre sont également perceptibles à l’examen de l'état sanitaire des personnes inhumées. Ceci est particulièrement notable lorsque l'on compare les deux cimetières extérieurs au cours de la période médiévale. L'état sanitaire de la population est nettement plus dégradé dans celui du sud que celui du nord. Au sud, le nombre d'adultes décédés avant 50 ans est plus important, comme la fréquence de l'arthrose des articulations des membres supérieurs, le nombre de fractures des os ou l'état sanitaire bucco-dentaire (usure des dents, caries, pertes ante-mortem). L’hygiène bucco-dentaire se dégrade à la fin de la période médiévale et au cours de l'époque moderne (apparition du sucre dans le régime alimentaire ?). L’analyse de l'état sanitaire des personnes inhumées a par ailleurs révélé des indices de la prise en charge médicale de certains individus (trépanation, cancer, polyarthropathie...). Une thèse est en cours sur le sujet par Samuel Bédécarrats (Université de Tours - CITERES). On observe donc une nette différence entre les divers espaces funéraires du prieuré. Ceux qui sont intégrés à la clôture sont clairement dévolus aux moines, mais pas exclusivement. Quelques femmes y sont aussi inhumées (entre 4 et 10 % selon les époques). La population inhumée à l’extérieur est nettement plus diversifiée et en plus mauvaise santé que les moines, issus souvent de milieux favorisés et bénéficiant de conditions de vie moins rudes leur permettant d’atteindre parfois un grand âge. Elle correspond davantage à une population normale pour l’époque, comme on pourrait la retrouver dans un cimetière paroissial. Le schéma devient différent après la fin du 15e siècle, ou pratiquement seule l’église abrite des sépultures, avec une population plus mélangée. Le prieuré n’a jamais été le siège d’une paroisse, mais a accueilli des membres extérieurs à la communauté. Nous ne pouvons savoir qui ils étaient, faute d’inscriptions ou d’archives : membres de la famille des moines, bienfaiteurs, serviteurs, hôtes de passage… ? Cinq types de tombes ont été identifiés, qui se distinguent par les matériaux employés (pierre ou bois) et la complexité de leur mise en œuvre. Les tombes les plus simples sont les plus nombreuses, surtout en avançant vers la période moderne. Elles concernent massivement les populations moins favorisées du cimetière sud. Un quart seulement des tombes utilise la pierre ; elles sont réparties en deux types. Le premier est formé de sarcophages, dont neuf ont été dénombrés. Ce sont des sarcophages du haut Moyen Âge, provenant peut-être de la collégiale Saint-Martin, qui ont été remployés aux 12e et 13e siècles. Le deuxième type concerne quatre-vingt-quinze tombes : ce sont des coffrages maçonnés composés de plusieurs dalles verticales installés dans la fosse sépulcrale. Ils sont en général couverts de pierres plates ou en bâtière, de facture assez grossière, mais quelques-uns étaient couverts de planches. Le fond de cinq coffrages était carrelé en terre cuite. Le nombre des coffrages est en constante diminution au cours de la période médiévale et disparait après la fin du 15e siècle. Un dernier cas du 16e siècle a toutefois été identifié dans la chapelle funéraire. L'usage de ce type est donc plus long que ce que l'on pensait jusqu'ici. Par ailleurs, contrairement à la typo-chronologie admise, on observe à Saint-Cosme l'emploi en alternance des coffrages à logette céphalique monolithique ou composée de trois pierres et non le remplacement d'un type par l'autre au milieu de la période médiévale. Les trois autres types sont construits en bois. Le plus complet est une caisse à six côtés. On en dénombre soixante-dix-neuf dont trente-six assemblées par des clous. Dans le plus sommaire, qualifié de « sépulture en fosse », le corps est disposé dans un surcreusement en fond de fosse simplement couvert de planches. Cent-cinquante-trois cas en ont été repérés. De conception intermédiaire entre ces deux types, nous avons identifié quarante-neuf sépultures dont le corps est placé dans une fosse sans fond construit, mais aux parois aménagées par l’ajout de planches ou qui profitent du voisinage d'un coffrage maçonné pour servir de paroi à l’un des côtés. A partir du 16e siècle les corps sont, à plus de 80%, déposés dans des caisses en bois assemblées avec des clous ou non. L'état de conservation de ces contenants était parfois suffisamment bon pour que l'on puisse identifier la forme de dix-sept cercueils (dix trapézoïdaux et sept rectangulaires). De rares témoignages de la signalisation des tombes ont été découverts : plaque de calcaire historiée dans la nef de l'église ou anépigraphe dans le cimetière nord ; dalles en schiste ardoisier anépigraphes au chevet de l'église et dans le narthex, trace d'un poteau à la tête d'une sépulture dans le cimetière nord, bloc de pierre et/ou céramiques affleurant le sol. Ces marquages permettent de restituer le niveau du sol de l'époque médiévale. On se rend compte alors du faible enfouissement des corps, compris en général entre 70 et 90 centimètres. D’une manière générale, les défunts ne sont pas accompagnés d’objets. Au Moyen Age, ils étaient ensevelis avec leur habit monastique ou dans un linceul, cette dernière pratique devenant dominante au cours du temps. On retrouve parfois des boucles de ceinture, mais aussi quelques bagues ; et des épingles de linceul. Les tombes de personnages ayant bénéficié d’une cérémonie funéraire de qualité contiennent un ou plusieurs pots en céramique, qui servent à faire des fumigations d’encens et sont posés ou jetés dans la tombe avant sa fermeture. Cette pratique concerne seulement 6 % des tombes, et celle qui en contenait le plus (dix) était celle de Pierre de Ronsard.
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02278890
Contributor : Mathieu Gaultier <>
Submitted on : Wednesday, September 4, 2019 - 5:14:41 PM
Last modification on : Friday, October 23, 2020 - 4:38:30 PM
Long-term archiving on: : Thursday, February 6, 2020 - 5:39:30 AM

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  • HAL Id : halshs-02278890, version 1

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Bruno Dufay, François Capron, Matthieu Gaultier. La Riche, Prieuré Saint-Cosme : Tome 2 - Vol. 1 : Archéologie funéraire. [Rapport de recherche] Conseil départemental d'Indre-et-Loire; Service de l'archéologie du département d'Indre-et-Loire. 2018, pp.353. ⟨halshs-02278890⟩

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