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Conference papers

Quand « traditionalistes » et « conservateurs » s’affrontaient au Consistoire. Le judaïsme français face à l’institutionnalisation transnationale des courants religieux dans les années 1960.

Résumé : « L’attitude du juif conservateur, au sens français du terme, du juif consistorial, pourrait se résumer dans cette formule : un traditionalisme authentique allié à un libéralisme tactique. » En s’exprimant ainsi en 1968, le grand rabbin Chekroun revendiquait pour le Consistoire un positionnement à mi-chemin entre deux adversaires, les « traditionalistes », terme qui désignait alors les promoteurs de l’orthodoxie, et les libéraux. Il actait en même temps une partition du judaïsme en trois camps, correspondant à des courants diversement institutionnalisés à l’échelle internationale : le judaïsme libéral, alors fédéré à l’échelle internationale et représenté en France par une seule synagogue ; le judaïsme Conservative (aujourd’hui massorti), alors principalement basé aux États-Unis ; et le judaïsme orthodoxe, lui-même beaucoup plus pluriel et connaissant depuis les années 1950 un renouveau important.Cette communication revient sur les débats religieux dans le judaïsme français des années 1960, qui nous parait être une période charnière dans la reconfiguration religieuse du judaïsme français en lien avec des évolutions ayant lieu à l’échelle transnationale, notamment la réorganisation du judaïsme orthodoxe, ou la nouvelle centralité d’Israël dans la définition de l’identité juive. Les années 1960 sont une période de bouleversement et de revitalisation religieuse dans les synagogues française. C’est souvent à l’arrivée des Juifs d’Afrique du Nord qu’ont été imputés l’ensemble des changements religieux de la période, et notamment une évolution vers l’« orthodoxie ». Cependant, la grille de lecture en termes de clivage ethnique entre « ashkénazes » et « sépharades » masque le rôle joué dans cette période par les débats très vifs au sein des élites religieuses, alors très majoritairement ashkénazes, sur la nécessité d’une clarification de la position du Consistoire vis-à-vis des « réformés » comme des « orthodoxes », clarification qui s’amorce à partir de 1968. Ces débats s’inscrivent dans la remise en cause plus générale du « franco-judaïsme », marqué entre autres par un centralisme religieux à l’échelle nationale. Le monopole légal du Consistoire sur l’exercice du culte, imposé par l’État en 1804, se transforme après 1905 en une position hégémonique dont le maintien est conditionné en partie par la croyance en sa capacité à dépasser les clivages entre courants qui divisent le judaïsme à l’échelle internationale. À travers la configuration particulière du judaïsme français des années 1960, cette contribution s’inscrit dans des débats plus généraux en sciences sociales sur la question du pluralisme intra-religieux, en explorant l’idée selon laquelle la séparation du religieux et de l’État est favorable à des dynamiques à la fois de transnationalisation et de pluralisation interne.
Mots-clés : judaïsme histoire France
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02277030
Contributor : Béatrice de Gasquet <>
Submitted on : Tuesday, September 3, 2019 - 12:37:19 PM
Last modification on : Tuesday, May 26, 2020 - 6:50:39 PM

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  • HAL Id : halshs-02277030, version 1

Citation

Béatrice de Gasquet. Quand « traditionalistes » et « conservateurs » s’affrontaient au Consistoire. Le judaïsme français face à l’institutionnalisation transnationale des courants religieux dans les années 1960.. Mondes juifs d'hier à aujourd'hui. Premier congrès de la Société des études juives, Société des études juives, Jun 2019, Strasbourg, France. ⟨halshs-02277030⟩

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