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Ce que l’enquête fait aux études littéraires : à propos de l’interdisciplinarité

Résumé : Fabula Accueil> Colloques> Théorie, notions, catégories > Littérature et histoire en débats colloques en ligne | Théorie, notions, catégories Littérature et histoire en débats Ce que l'enquête fait aux études littéraires : à propos de l'interdisciplinarité Annick Louis I. 1La réflexion sur les rapports entre littérature et histoire, ainsi que le questionnement sur les débats que ceux-ci ont suscités depuis quelque temps, nous situent sur un territoire particulier qui présente des spécificités nouvelles, et que nous serions tentés de décrire comme un âge « post-disciplinaire ». 2Les doutes éprouvés à propos de l'efficacité scientifique du régime disciplinaire ont amené la communauté de chercheurs à essayer d'identifier ses limites, ses dérives, ses problèmes et ses risques-tel que le signalaient Revel, Passeron et Boutier en 2006 dans leur introduction au volume Qu'est-ce qu'une discipline ? [1]. Ces incertitudes ont multiplié l'appel au croisement disciplinaire, qui, néanmoins, adopta souvent des formes peu satisfaisantes. Gérard Lenclud a décrit le phénomène depuis l'anthropologie comme une « interdisciplinarité prescrite [2] » ; l'historien Patrick Boucheron comme un « impératif catégorique [3] » ; le sociologue Jean-Louis Fabiani comme une « injonction disciplinaire [4] » ; Dan Sperber depuis les sciences cognitives désigne cette démarche comme un « maquillage interdisciplinaire [5] ». Ces expressions traduisent une inquiétude partagée par de nombreux acteurs de la communauté scientifique : la difficulté de repenser les rapports entre le découpage actuel des disciplines et les formes de savoir, traditionnelles ou émergentes. À ceci, vient s'ajouter le fait que, bien qu'engagés dans une dynamique qui nous amène à proclamer l'interdisciplinarité, le temps nous manque souvent pour une réflexion systématique sur les enjeux qu'elle mobilise et les conséquences qu'elle entraîne sur nos disciplines et sur l'organisation institutionnelle des savoirs [6]. 3L'ambiguïté du régime disciplinaire réside dans le fait que l'interdisciplinarité ne peut exister que s'il y a des disciplines, mais s'il y a des disciplines elle peine à s'instituer. D'après Gérard Lenclud, c'est ainsi que la situation se présenterait actuellement : l'organisation moderne de la recherche scientifique a construit un dispositif dont les conséquences peuvent paraître partiellement contradictoires : d'une part, ce dispositif repose sur la spécialisation disciplinaire, que l'institution universitaire solidifie, et qui entraîne des effets isolants auxquels il est périodiquement tenté de remédier par l'encouragement à l'interdisciplinarité ; d'autre part, dans le même temps le dispositif scientifique moderne consacre la solidarité entre les disciplines : elles forment un système tel que chaque discipline se définit et est définie par les relations de différentiation qu'elles entretiennent avec les autres dans un contexte qui est à la fois de complémentarité et de concurrence [7]. Dans cette solidarité s'enracine notre croyance dans l'existence d'un ensemble cohérent de savoirs comme une évidence-et les contraintes que cette évidence impose [8]. Peter Weingart rappelle que les disciplines finissent toujours par exister comme des structures données du monde, ce qui efface leur caractère de convention provisoire, et leur localisation historique liée au développement universitaire [9]. 4Revenir sur les enjeux actuels de la disciplinarité en sciences humaines et sociales nous permet de rappeler que la question est loin d'être réglée. En effet, notre pratique d'enseignants et de chercheurs nous donne souvent l'impression que l'interdisciplinarité reste un mirage à durée limitée. Or, les apports et les acquis récents permettent aujourd'hui d'identifier l'enjeu majeur auquel nous sommes confrontés : ce que nous ne sommes pas parvenus à résoudre, c'est la localisation de l'interdisciplinarité-son emplacement autant en termes épistémiques qu'en ce qui concerne l'organisation institutionnelle de l'enseignement et de la recherche. 5Au niveau de la formation,on pourrait résumer la situation de la façon suivante : à quel moment doit intervenir l'interdisciplinarité ? Dès les débuts d'une formation qui n'en serait pas moins disciplinaire ? Il va de soi que c'est la conception de la notion de discipline, et celle qu'on a de la propre discipline, qui déterminent le moment où on fait intervenir l'interdisciplinarité ; mais la capacité à dégager une discipline du modèle de la propre formation joue également un rôle essentiel, car elle engage une réflexion sur les traditions nationales en sciences sociales et sur leur évolution historique [10]. La question est vaste mais on peut la synthétiser dans ces termes : si on conçoit une discipline comme étant insérée dans un réseau constitué de multiples disciplines, pour des raisons historiques et en fonction des enjeux épistémologiques, la formation interdisciplinaire devrait intervenir dès le départ [11]. Cette question implique qu'on se demande aussi si ce que nous avons tendance à percevoir comme un « âge post-disciplinaire » met effectivement en cause le découpage et l'organisation institutionnels des savoirs. En d'autres termes : en ce moment où les différentes formes de savoir en sciences humaines et sociales semblent avoir atteint un degré extrême de
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02195550
Contributor : Annick Louis <>
Submitted on : Friday, July 26, 2019 - 2:32:24 PM
Last modification on : Friday, October 23, 2020 - 4:41:15 PM

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Annick Louis Ce que l enquete ...
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Annick Louis. Ce que l’enquête fait aux études littéraires : à propos de l’interdisciplinarité. Littérature et histoire en débats, 2013. ⟨halshs-02195550⟩

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