Subjectivité du chercheur en anthropologie : se raconter, ou raconter l’enquête ?

Résumé : Quand les anthropologues-ethnologues de la première moitié du XXe siècle faisaient le récit de leur expérience à la première personne, c’était, comme l’a bien montré Vincent Debaene (2010) pour ce qui concerne les chercheurs français, le plus souvent dans un ouvrage plus littéraire publié en parallèle de travaux dont ils entendaient préserver la scientificité, refusant d’y introduire la moindre trace de subjectivité. Marianne Lemaire (2011) fait d’ailleurs remarquer combien les femmes, plus encore que leurs homologues masculins, ont hésité à cette époque à se raconter, leur légitimité scientifique étant plus difficile encore à défendre. La part subjective de l’enquête est cependant incontournable en anthropologie. Un ouvrage comme celui de Jeanne Favret-Saada (1977), qui a reçu de nombreuses critiques à sa publication, a contribué à faire tomber la frontière entre écrit scientifique et récit de soi. Depuis les années 1980, la réflexivité du chercheur est devenue un impératif de sa production scientifique. Mais comment s’articulent en anthropologie l’écriture scientifique et la prise en compte de l’identité du chercheur ? Si l’ethnographie en tant que méthode propre à cette discipline suppose un engagement personnel, la singularité de l’enquêteur n’est pas toujours mise en valeur dans les travaux publiés et c’est encore souvent à l’occasion d’un livre plus littéraire – ou d’un entretien filmé comme ceux qui sont proposés en ligne dans la série « les Possédés et leurs mondes » par la revue canadienne Anthropologie et Société depuis mai 2014 – que les éléments plus personnels de l’enquête sont révélés. Ceux-ci sont pourtant bien souvent essentiels pour accéder aux ressorts cognitifs permettant de comprendre le cheminement propre à l’enquête ethnographique et à la construction du ou des savoir(s) de l’anthropologue. Il ne s’agit pas simplement de « se raconter », mais plutôt de relater comment l’enquête a été menée, comment les données ont été obtenues, quels sont les indices qui ont pu permettre de suivre telle ou telle démarche analytique et quel rôle la singularité du chercheur a pu jouer dans l’élaboration finale. Sera évaluée dans cette communication dans quelle mesure le chercheur en anthropologie peut ou pourrait « se mettre lui-même dans l’éprouvette », comme l’appelle de ses vœux Sophie Caratini (2012 : 139). CARATINI Sophie, 2012, Les non-dits de l’anthropologie. Suivi de Dialogue avec Maurice Godelier, Vincennes : Éditions Thierry Marchaisse. (Deuxième édition remaniée, actualisée actualisée et augmentée). DEBAENE Vincent, 2010, L’adieu au voyage. L’ethnologie française entre science et littérature, Paris, Gallimard. FAVRET-SAADA, Jeanne, 1977, Les mots, la mort, les sorts. La sorcellerie dans le bocage, Paris, Gallimard (rééd. 2014, Folio Essais). LEMAIRE Marianne, 2011 « La chambre à soi de l’ethnologue. Une écriture féminine en anthropologie dans l’Entre-deux-guerres », L’Homme 200, pp. 83-112. (https://journals.openedition.org/lhomme/22849)
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Conference papers
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Contributor : Cécile Leguy <>
Submitted on : Friday, July 5, 2019 - 6:46:04 PM
Last modification on : Friday, October 25, 2019 - 10:16:01 AM

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Cécile Leguy. Subjectivité du chercheur en anthropologie : se raconter, ou raconter l’enquête ?. Identités du chercheur et narrations en sciences humaines et sociales, Jun 2019, Nancy, France. ⟨halshs-02175550⟩

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