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Conference papers

Etude pilote de la voix craquée chez des locuteurs anglophones et francophones en lecture dans une situation d’interaction

Résumé : « Série d’excitations laryngées discrètes ou d’impulsions de basses fréquences », entre 18Hz et 65Hz sans réelles différences entre hommes et femmes (Hollien et Michel, 1968), la voix craquée (creaky voice) est caractérisée par un cycle glottique irrégulier et une phase fermée plus longue qu’en voix modale (Hollien et al. 1977). Elle est perçue comme une soudaine décroissance de hauteur (Kreiman, 1982). Si cette qualité vocale peut manifester une altération laryngée (Ylitalo et Hammarberg 1997), elle révèle aussi des contrastes phonologiques (Ladefoged et Maddieson 1996). Marqueur syntaxique (survenant surtout en fin de phrase), la voix craquée est produite par les femmes (Wolk et al. 2012), mais d’autres auteurs montrent sa présence chez les locuteurs masculins (Henton et Bladon 1987). Dépendante du dialecte, de ses localisations dans l’énoncé (Redi et al. 2001), ou d’autres facteurs environnementaux (Cantor-Cutiva et al. 2017), elle est aussi un indice des tours de parole (Ogden 2001), de l’expression de certaines émotions (Ishi et al. 2005) ou d’hésitations (Candea et al. 2005 ; Carlson et al. 2006). Présentant une fonction sociale (Wolk et al. 2012), sa prévalence en américain est avérée (Kreiman 1982 ; Abdelli-Beruh et al. 2014), alors qu’elle est beaucoup plus rare en français (Candea et al. 2005 ; Benoist-Lucy et Pillot-Loiseau, 2013). Nous voudrions savoir au final si, dans des conversations entre étudiant.e.s anglophones et francophones, la voix craquée propre à chaque langue évolue quand lesdites langues entrent en contact (conversations en tandem linguistique). Cette étude pilote en lecture (The North Wind and the Sun/ La Bise et le soleil lu une fois dans chaque langue) par 20 paires de locuteurs – chaque paire étant constituée d’un.e anglophone et d’un.e francophone – en tandem anglais / français nous permet d’abord de savoir si les francophones et anglophones modifient leur voix craquée en fonction de la langue parlée (L1 / L2). Après leur annotation sur la base perceptive (Kreiman 1982) et des caractéristiques acoustiques visibles sur le spectrogramme et le signal (Ishi et al. 2005), la détermination de la fréquence et le calcul de la durée relative (rapport à la durée du texte entier) des occurrences de voix craquée ont été effectués pour chaque locuteur et chaque langue. Nous avons actuellement analysé les productions lues de 17 locutrices (9 femmes francophones en licence d’anglais (moyenne d’âge 18,9 ans, écart-type 1,5) dont la seconde langue apprise est l’anglais pour 6 d’entre elles; 8 anglophones dont une irlandaise, 4 américaines, une costaricaine, 2 britanniques (moyenne d’âge 20,6 ans, écart-type 1,4), dont le français est la deuxième langue apprise pour 6 d’entre elles) et un locuteur américain de 20 ans. Nos premiers résultats montrent que les occurrences de voix craquée sont plus fréquentes chez les anglophones dans les deux langues d’une part, et en anglais par rapport au français chez les francophones d’autre part. On observe toutefois une importante variabilité inter-sujet, y compris entre les deux femmes britanniques. Le sujet masculin ne présente pas de différence dans la fréquence et la durée de ces occurrences avec les autres sujets. De plus, tous sujets confondus, les durées relatives des occurrences de voix craquée ne sont pas différentes d’une langue à l’autre. Cependant, pour chaque anglophone, ces occurrences sont plus courtes en français qu’en anglais. Ces occurrences de voix craquée peuvent ne concerner qu’un segment, comme par exemple la glottalisation (glottal stop) de /t/ (Ex. : « shone out warmly »), ou avant une consonne sonante (Ex. : « around » où la voyelle précédant /n/ est glottalisée sous la forme de voix craquée). Garellek (2015) a mis en évidence de telles glottalisations dans ces contextes phonétiques en anglais américain. Ces occurrences de voix craquée concernent également, aussi bien en français qu’en anglais, la fin des mots prosodiques et des groupes intonatifs de notre texte, avec une longueur de ces occurrences alors plus importantes dans ce dernier cas. En français se produisent également des glottalisations avec des occurrences de voix craquée en situation V# #V (hiatus entre une voyelle finale de mot et la voyelle initiale du mot suivant, normalement enchaîné en français), surtout chez les anglophones. Cette étude est un premier pas vers la recherche de l’effet de l’interaction sur la qualité vocale, notamment les occurrences de voix craquée. Pour ce faire, nous projetons de compléter ces analyses de productions contrôlées par celles des productions spontanées de nos sujets.
Document type :
Conference papers
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02068363
Contributor : Gwénaëlle Lo Bue <>
Submitted on : Thursday, March 14, 2019 - 7:31:06 PM
Last modification on : Thursday, January 28, 2021 - 6:14:02 PM

Identifiers

  • HAL Id : halshs-02068363, version 1

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Citation

Claire Pillot-Loiseau, Céline Horgues, Sylwia Scheuer, Takeki Kamiyama. Etude pilote de la voix craquée chez des locuteurs anglophones et francophones en lecture dans une situation d’interaction. 19ème COLLOQUe ANGLAIS ORAL La qualité de voix en anglais : de la production d’un type de phonation à la perception d’une caractéristique sociale, Apr 2018, Villetaneuse, France. ⟨halshs-02068363⟩

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