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L'argument logikos est-il dialectique ? Logique et dialectique chez Aristote

Résumé : Le point de départ de ce travail est un soupçon quant à la traduction systématique de logikos par dialectique dans les textes d’Aristote. Il y a environ une trentaine d’occurrences de l’adjectif logikos ou de ses dérivés, tel logikôs. Or la plupart du temps, traducteurs et commentateurs considèrent ce terme comme synonyme de dialectique, sous-entendant par là qu’il s’agit d’un argument purement verbal, dans un sens péjoratif : l’argument logikos est un argument dialectique c’est-à-dire spécieux. Or comprendre ainsi systématiquement logikos revient à commettre une double erreur : sur le sens de logikos, et sur celui de dialectique. Une remarque préliminaire s’impose : Aristote n’emploie jamais logikê, l’adjectif au féminin, pour désigner une discipline qui serait la logique. Cela n’est qu’après Aristote que logikê signifie logique au sens d’une discipline : avec Xénocrate, et les stoïciens. En tout cas, Alexandre, au début du commentaire des Premiers analytiques semble considérer que logique et syllogistique sont équivalentes. Aristote n’emploie pas logikos pour signifier quelque chose de logique au sens où nous, nous entendons logique, c’est-à-dire la discipline qui traite des lois ou des règles du raisonnement. Mais il emploie logikos pour qualifier un certain type d’argument : l’adjectif qualifie des logoi, des raisonnements, ou des sullogismoi, des déductions, ou des apodexeis, des démonstrations, dont le trait commun est une certaine abstraction, une certaine généralité. L’examen de la trentaine d’occurrences de logikos fait apparaître que ce n’est pas toujours de façon négative qu’un argument est dit logikos, bien que ce soit souvent par opposition à une autre manière de raisonner - analutikôs ou phusikôs selon les traités. On peut en définitive reconnaître dans l’utilisation de logikos par Aristote deux types de dérive possible du logos lui-même : l’abstraction, la coupure totale du logos par rapport aux choses qui dans un cas est constituée par la coupure platonicienne, et dans l’autre par la coupure sophistique. Entre ces deux extrêmes se situe l’argument logikos au sens de général, abstrait : il n’est pas entièrement satisfaisant parce qu’éloigné des choses mêmes, mais il est tout de même utilisable. Il apparaît finalement qu’Aristote n’emploie pas, voire jamais, logikos comme synonyme exact de dialektikos où dialektikos serait en plus réduit à un argument spécieux – à moins de considérer qu’il s’agit de la dialectique platonicienne, et non pas de la dialectique telle qu’elle est présentée par Aristote dans les Topiques, i.e. l’art de raisonner sur et à partir des idées admises, les endoxa.
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02063570
Contributor : Juliette Lemaire <>
Submitted on : Tuesday, March 26, 2019 - 1:29:06 PM
Last modification on : Wednesday, December 9, 2020 - 3:05:50 PM
Long-term archiving on: : Thursday, June 27, 2019 - 12:53:13 PM

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  • HAL Id : halshs-02063570, version 1

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Juliette Lemaire. L'argument logikos est-il dialectique ? Logique et dialectique chez Aristote. Jean-Baptiste Gourinat; Juliette Lemaire. Logique et dialectique dans l’Antiquité, Vrin, pp.211-230, 2016, Bibliothèque d'histoire de la philosophie, 978-2-7116-2658-8. ⟨halshs-02063570⟩

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