La conversion du missionnaire ou le rire partagé

Résumé : La conversion du missionnaire ou le rire partagé C'est par des rires que je souhaitais introduire mon voyage dans l'oeuvre de Michel de Certeau, à l'invitation de Luce Giard que je remercie, de tout coeur, pour ce signe d'amitié qui est aussi, pour moi, un honneur 1. Ce voyage dans les écrits du jésuite « braconneur » se fera à partir de mes terrains de recherche qui sont la culture missionnaire des XVIe et XVIIe siècles ainsi que les terres du Brésil. Le rire partagé De 1611 à 1615, les Français tentent d'implanter une France équinoxiale au nord du Brésil. Si l'expérience tourne court-les Français sont facilement délogés par une expédition portugaise-, il reste néanmoins deux magnifiques témoignages de cette expérience, écrits par les capucins français qui faisaient partie de l'expédition. Le livre d'Yves d'Evreux, écrit après un séjour de deux ans parmi les Indiens, est particulièrement riche sur l'interaction entre le missionnaire et les Indiens. Il contient notamment la transcription de longues « conférences » que le missionnaire aurait eues avec différents Indiens, principaux et sorciers. Ce nom de « conférence » n'est pas choisi au hasard par le capucin : il renvoie aux disputes théologiques auxquels se livrent, en France, protestants et catholiques depuis qu'ils ont posé les armes. Le livre s'achève sur une de ces conversations, entre La Vague, un des chefs principaux de la tribu de Comma, et Yves d'Evreux. Le chef indien présente son fils âgé de vingt ans, afin que le capucin lui administre le baptême car, selon son père, le jeune sauvage sait déjà parler le français. Le jeune homme se met alors à réciter quelques phrases dans un français tout déformé. Pour préserver toute la saveur de la scène, écoutons Yves d'Evreux la raconter : Ayant dit ces paroles, il fit signe à son fils qu'il s'approchast : puis il luy commanda de raconter tout ce qu'il savait de François. J'avois bien de la peine à me contenir de rire, & ne pouvois iouyr de mon Truchement, tant il estoit transporté de la passion de rire sur la simplicité de ce personnage : neantmoins ie le retins luy faisant faire son excuse sur les singeries d'un petit Perroquet que i'avois, à fin que ce bon homme ne pensast que ce fust de luy qu'il rioit. Ce ieune homme son fils me recita la Doctrine qu'il avoit propre, disoit son père, & suffisante à recevoir le Baptesme en cette sorte : Bonioure, monseïeur, come re vo reporteré vou. Ben monseïeur, à vostre service, volè vou mangeare, Oy : du pain, peïsson, char, may teste, men chapeyau, pourpuin, Chausse, Chamise. Ie ne peus en entendre davantage, si ie n'eusse voulu debonder : Ie luy fis donc dire, que c'estoit assez, que ie voioy bien par là, qu'il n'avoit point perdu son temps. […] 1 Mes remerciements vont également à Denis Pelletier pour ses remarques sur la version orale de mon texte.
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Contributor : Charlotte de Castelnau-l'Estoile <>
Submitted on : Wednesday, February 20, 2019 - 1:44:59 PM
Last modification on : Friday, November 8, 2019 - 9:40:03 AM

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Charlotte de Castelnau-l'Estoile. La conversion du missionnaire ou le rire partagé. Luce Giard. Michel de Certeau Le voyage de l’œuvre,, pp.181-193, 2017. ⟨halshs-02042413⟩

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