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L'autonomie à la lumière de la faiblesse de la volonté

Résumé : Les cas dit de « faiblesse de la volonté » ou « akrasie » constituent des points de rupture dans l’ordre pratique. Ils présentent en effet la particularité de mettre en jeu un individu qui, agissant à l’encontre de sa propre évaluation, voit son acte relever de causes qu’il n’assume pas comme raisons d’agir, se vivant alors comme sujet hétéronome. Si le cas classique, légué par Aristote en réponse à Platon , met en scène un sujet succombant à la tentation passionnelle en dépit de sa connaissance de la droite règle morale, les réinterprétations contemporaines en ont livré une image moins dramatique que l’on peut ériger en paradigme d’une certaine hétéronomie ordinaire. C’est en premier lieu Donald Davidson qui s’est attelé à ce travail d’analyse de l’akrasie , redéfinie plus modestement comme « action contre son meilleur jugement » , en élargissant par la suite ses analyses aux cas d’irrationalité pratique ordinaire des agents qui se dupent, se mentent à eux-mêmes, et agissent en dépit de leurs options préalables . En mettant en jeu une méthode pathologique qui lui permet de décrire l’ordre pratique normal à partir de ses échecs, Davidson a fait de ces cas d’anormalité des points d’entrée privilégiés pour la théorie de l’action en général. Mais en quoi la question de l’autonomie du sujet serait-elle en jeu ici ? Donald Davidson, prenant en cela le chemin d’Elizabeth Anscombe , ne répète-t-il pas qu’il s’agit d’évacuer la question morale au profit d’une théorie de l’action qui met au centre le problème de la rationalité ? Certes, Davidson se défend bien de vouloir poser un problème éthique. Définissant formellement l’akrasie comme une « action contre son meilleur jugement », et non comme une « mauvaise action commise en dépit de la connaissance du Bien » , il se donne les moyens de refuser toute prise de position sur le contenu moral et la nature du Bien – et évite tout recours à l’idée d’une « connaissance morale », au profit d’une défaillance évaluative, mettant en jeu les croyances du sujet. Pourtant, lorsqu’il s’agit de mesurer précisément l’écart entre la rationalité pratique et la faiblesse de la volonté, Davidson fait appel à un principe normatif qu’il nomme « principe de continence », qui se réduit difficilement, on le verra, à un simple réquisit cognitif. De plus, le problème posé par l’irrationalité pratique est clairement défini comme un double échec de la subjectivité. Défaillance en regard des normes de rationalité, elle est surtout caractérisée par une impuissance du sujet à s’approprier son acte, en lequel subsiste une zone d’ombre irréductible empêchant reconnaissance et assomption – ce qui en fait justement un acte irrationnel, pour l’autre comme pour soi. En cela, l’akrasie est bien agir hétéronome, et appelle une nécessaire distinction entre la simple agentivité et des formes normées et cohérentes d’intentionnalité.
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01989288
Contributor : Julie Mazaleigue-Labaste <>
Submitted on : Tuesday, January 22, 2019 - 12:48:33 PM
Last modification on : Monday, March 22, 2021 - 10:11:19 AM

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Mazaleigue 2009. Autonomie.pdf
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  • HAL Id : halshs-01989288, version 1

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Julie Mazaleigue-Labaste. L'autonomie à la lumière de la faiblesse de la volonté. Marlène Jouan; Sandra Laugier. Comment penser l'autonomie ? Entre compétences et dépendances, Puf, pp.75-87, 2009, 9782130640257. ⟨halshs-01989288⟩

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