Ce que nous dit le jeu de "l’approche globale" sur les projets et leurs bureaux d’études

Résumé : La transversalité semble trouver un succès renouvelé dans les discours des professionnels, alors que l’interdisciplinarité est discutée depuis bien longtemps en aménagement et urbanisme. C’est à l’occasion d’un chantier sur le sujet qu’une société d’ingénierie en aménagement et urbanisme, met au point le « jeu de l’approche globale ». L’objectif de cette communication est d’examiner ce jeu comme matériau traduisant le discours de cet acteur sur sa propre pratique. Cette communication n’est donc pas une réflexion théorique sur le jeu en urbanisme, mais propose plutôt d’utiliser le jeu (et deux observations enregistrées de parties) comme matériau pour enquêter sur les mécanismes de la fabrique urbaine. Il ne s’agit en effet pas d’un jeu modélisant un système urbain comme ceux analysés par Gabriel Dupuy (1978) ou Edmond Préteceille (1973), mais d’un jeu d’entreprise à vocation pédagogique et de formation à destination interne (Allal-Cherif, Makhlouf, Bajard ; 2014). En représentant une modélisation orientée du processus du projet dans lequel est impliquée l’entreprise, il nous renseigne sur son vécu, sa vision et son rôle dans la fabrique de la ville et plus particulièrement sur le moment auquel ils interviennent : celui des études. Dans une première partie, nous étudierons la vision du projet portée par le bureau d’étude. Ce jeu très simple est une sorte de jeu de l’oie, où le projet est découpé en phases distinctes appelant une réponse de l’équipe-joueuse. A l’issue de chaque phase, un « aléa » est pioché et permet en fonction des réponses formulées par l’équipe d’avancer ou non à la case suivante. Son analyse permet d’expliciter une certaine représentation techniciste du projet. L’enchaînement des phases traduit une vision linéaire du projet et de la décision soumis à des aléas externes dont on ne peut maîtriser la survenue. Les itérations inhérentes à tout projet ne sont ainsi pas du tout prévues par le jeu. La phase « scénarios » corrobore cette vision où les alternatives seraient des possibilités logiques découlant d’un diagnostic objectif. Cependant, la plupart des aléas sont rapportés à une problématique d’acteurs, laissant penser que l’enjeu des projets est d’anticiper des dégradations possibles d’une réponse technique par des acteurs vus comme des freins. Enfin, la concertation, largement abordée dans le jeu, n’est considéré que comme un « à côté » contraignant avec une vision utilitariste visant l’acceptabilité du projet. Dans la seconde partie, nous étudierons la vision normative du jeu. En incitant les joueurs à se poser les « bonnes questions », le jeu traduit les contradictions auxquelles les producteurs d’études doivent faire face et nous renseigne sur leur rôle. Tout d’abord c’est la relation à la maitrise d’ouvrage, élu ou technicien, qui est largement traitée par le biais de controverses autour de la confiance et de la synthèse afin de pouvoir éclairer, voire orienter, une décision dans le bon sens. Ensuite c’est la dimension temporelle qui transparait : le temps est la valeur maitresse de ces professionnels. Mais surtout ce que nous montre ce jeu, c’est le rôle de maïeuticien du bureau d’étude : l’objectif n’est pas de rendre un rapport objectif, mais bien de faire aboutir un projet en découvrant au-delà du cahier des charges, le vrai besoin du client. In fine, ce que ce jeu nous permet de documenter c’est d’une part une vision idéalisée de la décision urbaine partagée par les bureaux d’études et leurs maitres d’ouvrage et d’autre part la place que prend l’ingénierie privée dans ce processus. Ce jeu constitue ainsi la justification d’une « approche globale » centrée sur la gestion des acteurs par la nécessité changement de rôle du bureau d’étude : il doit se rapprocher davantage de celui d’un conseiller que d’un expert technique.
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Contributor : Nicolas Bataille <>
Submitted on : Monday, January 7, 2019 - 7:47:13 PM
Last modification on : Wednesday, January 9, 2019 - 1:05:11 AM

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  • HAL Id : halshs-01972715, version 1

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Nicolas Bataille. Ce que nous dit le jeu de "l’approche globale" sur les projets et leurs bureaux d’études. L’urbanisme, l’architecture et le jeu, Université Lille 1, Dec 2016, Lille, France. ⟨halshs-01972715⟩

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