L'intersectionnalité dans la recherche doctorale : Quels usages possibles de l'approche intersectionnelle par la recherche doctorale ?

Résumé : Comme le concept de genre en son temps, la notion d’intersectionnalité, modifiant les prismes à travers lesquels saisir la complexité des faits sociaux, rencontre un certain nombre de résistances (Bilge, 2015). Ainsi l’analyse de ses usages dans les pratiques pédagogiques (Charmillot et Fernandez-Iglesias, 2018) et de la recherche permet-elle de mettre à jour les points de crispations entre ce qui peut être appelé une sociologie dominante (positiviste, objectiviste et blanche) et une sociologie « critique » qui affirme la nécessité d’une épistémologie du point de vue situé (Espínola, 2013 ; Gaussot, 2011). Autrement dit, l’intersectionnalité rend nécessaire le fait de rompre avec des croyances épistémiques (Duhem, 2004) ancrées dans les pratiques scientifiques (objectivisme, neutralité, etc.) et cherchant à s’imposer comme universelles (Popper, Einstein et Monod, 1973). Pourtant, Marcel Mauss dans son article de 1934 sur les Techniques du corps, écrivait déjà : « Quand une science naturelle fait des progrès, elle ne les fait jamais que dans le sens du concret, et toujours dans le sens de l'inconnu. Or, l'inconnu se trouve aux frontières des sciences, là où les professeurs « se mangent entre eux », comme dit Goethe (je dis mange, mais Goethe n'est pas si poli). C'est généralement dans ces domaines mal partagés que gisent les problèmes urgents. Ces terres en friche portent d'ailleurs une marque. Dans les sciences naturelles telles qu'elles existent, on trouve toujours une vilaine rubrique. Il y a toujours un moment où la science de certains faits n'étant pas encore réduite en concepts, ces faits n'étant pas même groupés organiquement, on plante sur ces masses de faits le jalon d'ignorance : « Divers ». C'est là qu'il faut pénétrer. On est sûr que c'est là qu'il y a des vérités à trouver : d'abord parce qu'on sait qu'on ne sait pas, et parce qu'on a le sens vif de la quantité de faits. » (Mauss, 1934) D’une certaine manière, la science ne se produit jamais en son centre mais toujours à la marge (Hooks, 2017). Ce qui nécessite de sortir des zones de confort que peuvent apporter des champs académiques de la recherche déjà constitués. Toutefois, cette posture de scientifique « décalée » implique également une posture affirmée d’étude du « divers » (pour paraphraser Mauss) qui implique une certaine transgression des pratiques et des normes. D’ailleurs, ici, nous pourrions souligner l’importance des enjeux des débats actuels sur l’éthique et l’intégrité scientifiques. Dans ce cadre, plusieurs questions se posent pour la « recherche doctorale » : Comment légitimement s’emparer de l’approche intersectionnelle ? Qu’est-ce que cela implique en termes de posture et pratique méthodologiques ? À partir d’un recensement des intitulés et résumés des thèses en cours (2016) au sein d'un laboratoire de sociologie, et de l’étude problématisée de deux cas pratiques de doctorants vis-à-vis de leur point de vue situé, nous essaierons de faire émerger les éléments de résistances ou ceux facilitateurs révélés par certains parcours doctoraux afin d’enrichir notre réflexion dans la perspective de construction du RII.
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01953374
Contributor : Tanguy Dufournet <>
Submitted on : Wednesday, December 12, 2018 - 8:28:30 PM
Last modification on : Thursday, December 13, 2018 - 1:24:27 AM

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  • HAL Id : halshs-01953374, version 1

Citation

Tanguy Dufournet. L'intersectionnalité dans la recherche doctorale : Quels usages possibles de l'approche intersectionnelle par la recherche doctorale ?. Au-delà des catégories : construction du réseau interdisciplinaire sur l'intersectionnalité, Réseau Interdisciplinaire sur l'Intersectionnalité, Dec 2018, Lyon, France. ⟨halshs-01953374⟩

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