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Conference papers

La terminologie du cacao dans un pays producteur (Equateur) et sa diffusion : une terminologie de filière ou commerciale ?

Résumé : ContexteSi la gastronomie, au sens large, a de tout temps constitué un objet culturel important dans la plupart des sociétés, elle connaît depuis au moins deux décennies un regain d’intérêt sans précédent se donnant à lire à au moins trois niveaux : (i)en termes d’institutionnalisation avec l’inscription au patrimoine immatériel de l’UNESCO de plusieurs de ses réalisations à l’instar de l’art du pizzaiolo napolitain en 2017, la culture de la bière en Belgique en 2016 ou encore le repas gastronomique des Français en 2011 ; (ii)en termes scientifiques à travers la reconnaissance de celle-ci comme objet de recherche interdisciplinaire, tant fondamentale qu’appliquée, comme en témoignent la création récente, en France, du Réseau « Alimentation Gastronomie : Analyses et Perspectives (AGAP) » pour fédérer les équipes de SHS travaillant sur ces sujets ou encore des séries de conférences comme Food and Culture in Translation (FaCT, Catania 2014, 2016), Terminologies professionnelles de l’œnologie et de la gastronomie (Dijon 2016, Reims 2017, Tours 2018, Innsbruck 2019) ou encore Discours de dégustation croisés (Dijon 2018, Angers 2019) ;(iii)en termes médiatiques, enfin, à la fois avec la multiplication des publications dites grand public spécialisées dans la gastronomie, la restauration, l’œnologie, mais aussi le succès des émissions de télé-réalité mettant en scène les lieux, gestes et procédés techniques associés (Stengel 2017) ou encore le nouveau rôle de « prescripteurs » des consommateurs, rendu possible par les potentialités des nouveaux médias pour témoigner d’une « expérience » gastronomique (#instafood sur Instagram, avis Tripadvisor, etc.) (Bach 2018).Ces avancées partagent en commun, parce que l’objet constitue un champ spécialisé au sens désormais bien connu de Petit (2010), de non seulement recourir aux terminologies des domaines mobilisés, mais aussi et surtout, pour le linguiste, d’en révéler les zones d’ombre, parfois les incohérences, les incompréhensions, et de révéler au grand jour à la fois l’ancrage culturel du terme – au sens d’une langue-culture données – qu’un paradigme cognitif comme la Cultural Linguistics de Sharifian (2017a, 2017b) vise à modéliser – et les modes de vie plus ou moins contrôlés des termes afférents quand, pour reprendre les mots de l’appel à communication, ils « vivent hors de leurs sphères d’activités habituelles ». Parmi les différents produits étudiés, c’est sans conteste le vin qui a donné lieu à la production la plus abondante en matière de recherche terminologique qui, avec plus ou moins de scientificité, alimente les bonnes feuilles des grands quotidiens ou les conversations entre amateurs, éclairés ou non, quand il s’agit de mettre en avant sa part « ésotérique » (Lehrer 1975, 2009).ProblématiqueDans ce contexte global, la présente proposition de communication prendra pour objet un produit nettement moins visité par les terminologues, le cacao, et en décentrant le regard puisqu’il s’agira d’en aborder la terminologie in vivo, dans un des plus importants pays producteurs, l’Equateur, et en tenant compte de la situation diglossique particulière de la filière de production dans ce pays entre l’espagnol d’un côté et les langues natives comme le cha’palaa (famille barbacoanne), langue vernaculaire de la communauté chachi spécialisée dans les productions agricoles (cacao, coco, bananes), et le kichwa (famille Quechua IIB), langue vernaculaire de différentes communautés amazoniennes de l’autre. La problématique, qui s’inscrit à l’intersection entre la question de la « richesse de l’oral » et des « communautés » (cf. axes de l’appel à communication), visera donc à présenter une méthodologie qui cherche à mettre en relief les éléments représentatifs nécessaires pour discuter les tensions possibles entre une terminologie de filière, devant tendre vers la stabilisation et l’aménagement, et une terminologie commerciale/marketing diffusée, dans le cas particulier du cacao en Amérique Latine, par les aficionados dont on questionnera le positionnement par rapport à catégorie traditionnellement mobilisée en France de « prescripteurs ».CorpusLa communication reposera sur l’exploitation de corpus originaux et inédits représentatifs des divers niveaux de discours isolables dans la filière, c’est-à-dire un corpus croisant, à terme, quatre types de données dans le sillage des travaux menés sur le vin par l’équipe dijonnaise (Gautier/Le Fur/Robillard 2015, Mancebo-Humbert/Le Fur/Gautier 2018a, 2018b, Mancebo-Humbert/Gautier/Alves sous presse, Gautier/Bach 2017, Gautier 2018) :a.un corpus de « discours ambiant » et marketing pour identifier les descripteurs spécifiques au discours sensoriel utilisé en espagnol pour décrire le chocolat en contexte équatorien ;b.un corpus de transcriptions d'entrevues avec les professionnels de la production du chocolat permettant d’interroger leur mode de mise en discours les descripteurs précédemment identifiés mais aussi de remonter aux descripteurs premiers dans les deux langues natives mentionnées ;c.un corpus mixte de ‘dégustation’ : questionnaires sans stimulus visant à identifier la valeur sémantique des descripteurs à partir d'un processus progressif d’abstraction progressive (Dubois 1995) et transcriptions issues de la dégustation d’un chocolat choisi pour être représentatif de chaque descripteur.Méthodologie et discussionLa communication aura comme principal objectif de discuter la méthodologie appliquée pour l’analyse terminologique qui permettra d’alimenter l’étude des possibles tensions entre une terminologie de filière et une terminologie commerciale/marketing diffusée. Méthodologiquement, nos propositions reposeront sur l’analyse outillée exploratoire de quatre jeux de données s’inscrivant dans les catégories sus-mentionnés :(i)Le corpus de « discours ambiant » à partir des publications réalisées par les professionnels de la filières qui est une étape importante pour l’identification des différents descripteurs attestés. Pour ce faire une liste de sites Internet équatoriens reconnus comme représentatifs de l’expertise équatorienne sur le sujet a été sélectionnée. Le discours relatif au cacao disponible dans ces sites a été compilé dans un corpus au format texte , cette première source ayant été complétée par les interventions dans la presse écrite des professionnels de la filière. Cette première étape permettra l’identification des descripteurs spécifiques au discours sensoriel utilisés pour décrire le chocolat par les experts équatoriens de la filière.(ii)Pour l’exploitation terminologique de transcriptions d’entretiens avec les producteurs de cacao, deux régions de production en Équateur ont été sélectionnées pour leurs différences ethniques, mais aussi culturelles. D’un côté, deux communautés de producteurs de cacao et d’artisans du chocolat traditionnels situées dans la province d’Esmeraldas. Le groupe, originaire de la communauté Chachi de San Salvador de Muisne, a répondu à une entrevue semi-dirigée visant à capturer un discours oral authentique des producteurs de cacao sur les caractéristiques de leur produit. Ces interventions orales ont été enregistrées en premier lieu en cha’palaa puis en espagnol pour aboutir à un corpus transcréé (Pedersen, 2014 ; Benetello, 2018). Le même protocole de collecte de données a été appliqué aux communautés de Arajuno de la province de Pastaza obtenant ainsi un corpus comparable en kichwa et en espagnol. Les termes sensoriels descriptifs spécifiques utilisés par les locuteurs bilingues ont été collectés et extraits manuellement afin d’être soumis à l’analyse textométrique . D’un point de vu épistémologique, cette étape permet la collecte d’information dans le respect des caractéristiques des langues-cultures traditionnellement orales tout en permettant d’obtenir la production langagière plus authentique d’experts de la filière souvent étrangers aux stratégies de communication commerciales.Actuellement, l’étude réalisée sur cette base se trouve être suffisamment avancée pour discuter la constitution et l’exploitation des deux premiers corpus ci-dessus (quatre jeux de données), contrairement au corpus mixte de dégustation qui dépend des résultats de l’analyse des deux corpus précédents. En effet, dans le processus méthodologique, ce corpus ne peut être compilé sans avoir, au préalable, identifié les descripteurs dont la valeur sémantique sera analysée auprès d’un public d’aficionados dont le discours représente celui d’un public de consommateur potentiel. Cette étape suivra le processus progressif d’abstraction de Dubois (1995) pour ainsi mettre en parallèle une production langagière faite à partir d’une activité cognitive avec une production langagière faite partir d’une expérience sensorielle.Les résultats obtenus à chaque étape de ce processus permettront de mettre en évidence les stratégies de mises en discours des termes utilisées par les différents locuteurs. De manière ciblée, l’analyse abordera ainsi le rôle des marqueurs linguistiques et métalinguistiques servant d’escorte aux termes, le rôle de l’analogie et de la comparaison dans la construction des prototypes, les empreintes discursives de la subjectivité (intensité, graduation), ou encore, l’articulation entre les dimensions hédoniques et techniques du lexique considéré. On illustrera ainsi les apports portentiels d’une méthodologie outillée pour l’analyse de documents authentiques. L’analyse textométrique permet en effet une interprétation qualitative de données exploitées en mode quantitatif et dont la représentativité est garantie par l’authenticité d’un corpus de textes « situés » (Condamines / Nancy-Combes 2015).Références citées :Bach, M. (2018). Starts-up du vin entre vrais apports et faux semblants. Paris : L’HarmattanBenetello, C. (2018). When translation is not enough: Transcreation as a convention-defying practice. A practitioner’s perspective, The Journal of Specialised Translation, 29, 28-44.Condamines, A., Narcy-Combes J.-P. (2015). « La linguistique appliquée comme science située », Cultures de recherche en linguistique appliquée, Francis Carton et al. (éd.). Paris, Riveneuve éditions, 209-229.Dubois, D.(1995). Catégories sémantiques "naturelles" et recherches cognitives : enjeux pluridisciplinaires, ARBA 3 Linguistique et modèles cognitifs, G. Ludi et C-A Zuber (éds), 77-104.Gautier, L. (2018). La sémantique des termes de dégustation peut-elle être autre chose qu’une sémantique expérientielle et expérimentale ?, Du Sens à l’Expérience : Gastronomie et Œnologie au prisme de leurs terminologies, Benoît Verdier et Anne Pariozt (éd.), Reims : EPURE, 321-336.Gautier, L., Bach, M. (2017). La terminologie du vin au prisme des corpus oraux de dégustation/présentation (français-allemand) : entre émotions, culture et sensorialité, Etudes de linguistique appliquée, 188, 477-501.Gautier, L., Le Fur Y., Robillard, B. (2015), La "minéralité " du vin : mots d’experts et de consommateurs, Unité Et Diversité Dans Le Discours Sur Le Vin En Europe, Laurent Gautier et Eva Lavric (éd.), Frankfurt/Main : Peter Lang, 149-168.Lehrer, A. (1975). Talking about wine, Language, 51(4), p 901-923.Lehrer, A. (20092). Wine and Conversation. Oxford : OUP.Mancebo-Humbert, M., Le Fur, Y., Gautier, L. (2018a). La construction du discours de dégustation de Crémant de Bourgogne de 1995 à aujourd’hui, Bourgogne(s) viticole(s) : Enjeux et perspectives historiques d’un terroir, Serge Wolikow et Olivier Jaquect (éd.), Dijon : Éditions Universitaires de Dijon, 237-252.Mancebo-Humbert, M., Le Fur, Y., Gautier, L. 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Contributor : Laurent Gautier <>
Submitted on : Thursday, December 6, 2018 - 3:27:16 PM
Last modification on : Tuesday, November 10, 2020 - 4:48:18 PM

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  • HAL Id : halshs-01947211, version 1

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Leticia Cahuana, Laurent Gautier, Adolfo Chapiro, Javier Fernandez-Cruz, Olivier Meric. La terminologie du cacao dans un pays producteur (Equateur) et sa diffusion : une terminologie de filière ou commerciale ?. Journée d'études Toth 2019, Kedge Business School, Dec 2018, Marseille, France. ⟨halshs-01947211⟩

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