Un nouvel esprit de l’ingénierie urbaine ? Reconfiguration des processus et acteurs de la production urbaine dans la "cité par projets"

Résumé : Dans « Le nouvel esprit du capitalisme », Chiapello et Boltanski investiguent les évolutions du capitalisme et de l’idéologie associée qui, tout en légitimant la visée d’accumulation de capitaux, permet de s’assurer l’engagement des agents à cette exigence. Ils s’intéressent aux registres de justification et montrent l’apparition d’un ordre normatif appelé la « cité par projet ». S’appuyant sur un monde connexionniste, cette cité valorise notamment le réseau, la médiation et la flexibilité. Cette communication vise à investiguer l’émergence de ce nouvel esprit et plus particulièrement de cette « cité » dans la production urbaine, ses acteurs et ses processus. Il s’agit ainsi de relier les changements globaux du capitalisme néolibéral et les pratiques de acteurs qui produisent la ville, la décident et la convoient. Elle se base sur une enquête ethnographique menée dans une société privée d’ingénierie urbaine lors de plusieurs projets urbains. L’examen de prestations de ce bureau d’études pour le compte de collectivités locales permet en effet de voir les changements en cours dans la mise en œuvre de l’action publique urbaine. Dans une première partie, nous montrerons comment les bureaux d’études s’approprient cette cité par projets dans leur stratégie professionnelle et commerciale. Il s’agit d’analyser les discours de justification des professionnels de bureaux d’études pour voir dans quelle mesure ils mobilisent la cité par projets pour justifier leur posture et leurs méthodes de travail. Au travers d’un chantier interne dans l’entreprise enquêtée (observation de réunion internes, analyses de documents, entretiens), nous montrerons comment la justification de son rôle s’inscrit dans la cité par projet, tout en s’appuyant sur une critique de la cité industrielle. Ces professionnels promeuvent ainsi un changement de métier vers la médiation et la consultance plutôt que vers une posture d’expert, neutre et distanciée. Ceci documente le passage d’une ingénierie d’Etat jugée technocratique et rigide, à une ingénierie distribuée et managériale. Ce changement interroge le changement dans l’expertise technique dans la fabrique urbaine, thématique chère à la sociologie urbaine qui s’est longtemps inscrite dans une critique de la planification centralisée par les ingénieurs d’Etat. Critique reprise à leur compte par les acteurs et dont témoigne le passage du terme « production » à « fabrique » de la ville. Dans une seconde partie, il s’agit d’analyser les controverses au cours des projets pour analyser comment tous les acteurs (y compris élus et techniciens) mobilisent la cité par projets. Il s’agit de voir comment se règlent les désaccords dans les processus de conception et de légitimation des projets. Le matériau provient d’une observation menée lors de trois projets urbains en phase amont (comités de pilotage, comités techniques, réunions publiques, mails, documents de projets). Nous observons ainsi la montée de la cité par projets au détriment d’autres justifications (notamment industrielle, civique et domestique). Cette émergence s’appuie sur la mise en place des dispositifs et « épreuves » permettant de légitimer les projets par leur « justesse » vis-à-vis de cette cité. Plus concrètement, elle s’appuie sur une capacité à montrer l’enchainement de la production de projets. Ce qu’on peut relier à la production d’un « urbanisme fictionnel » multipliant les études amont et les aménagements à moindre coût (installations temporaires sur l’espace public, événementiel, etc.) à même de fédérer les acteurs urbains plutôt que des investissements massifs sur les infrastructures. Ensuite les processus sont de plus en plus basés sur des principes gestionnaires, notamment d’évaluation, indispensables pour prétendre à des labels ou financements, en particulier des agences de l’Etat (gouvernement à distance). Ces « épreuves » d’évaluation et de prétention à l’excellence tendent à multiplier les indicateurs chiffrés, l’ingénierie se fait alors la cheville ouvrière de cette « gouvernance ». L’ingénierie privée permet également de faire circuler les modèles et participe à une standardisation urbaine. In fine, cette communication montre comment les évolutions récentes du capitalisme ont modifié la production de la ville. En particulier, il s’agit de montrer à la suite du retrait de l’ingénierie d’Etat, le retour d’une ingénierie néomanagériale plus diffuse qui s’appuie sur un intérêt commun basé sur la cité par projets. Elle mobilise alors des dispositifs techniques gestionnaires qui contraignent la production urbaine et excluent certains acteurs de la décision, participant de la reproduction spatiale des inégalités sociales.
Type de document :
Communication dans un congrès
3e Biennale de la sociologie de l’urbain et des territoires de l’AFS RT9 : Ville et Capitalisme, Oct 2018, Marseille, France
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01925359
Contributeur : Nicolas Bataille <>
Soumis le : vendredi 16 novembre 2018 - 16:07:32
Dernière modification le : lundi 19 novembre 2018 - 08:49:51

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  • HAL Id : halshs-01925359, version 1

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Nicolas Bataille. Un nouvel esprit de l’ingénierie urbaine ? Reconfiguration des processus et acteurs de la production urbaine dans la "cité par projets". 3e Biennale de la sociologie de l’urbain et des territoires de l’AFS RT9 : Ville et Capitalisme, Oct 2018, Marseille, France. 〈halshs-01925359〉

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