Redéfinition du travail dans les bureaux d’études en aménagement et environnement : l’intérêt général techniciste sous pression managériale

Abstract : Quand un bureau d’études en aménagement lance un chantier interne de "l’approche globale"pour introduire davantage de transversalité dans ses méthodes, c’est l’occasion d’interroger le contenu du travail de ces professionnels et d’observer les conflits entre les visions du "vrai travail" (Bidet, 2011) et de son organisation. A partir d’une enquête ethnographique de 3 ans, nous documentons l’activité de production d’études d’une société d’ingénierie réunissant ingénieurs, environnementalistes et urbanistes, prestataire des collectivités locales. En quoi les injonctions globales de la production de la ville, en particulier managériales, modifient le travail de ces professionnels ? Dans une première partie, notre analyse part d’une approche de sociologie pragmatique prenant au sérieux la compétence critique et réflexive des salariés (principalement les chefs de projet) afin de mettre en avant la pluralité de leurs engagements et les conflits de "grammaires" d’action (Lemieux 2000 ; Chateauraynaud 1991 ; Boltanski 1993). Ces professionnels actualisent les injonctions globales de la fabrique urbaine (transversalité développement durable, innovation, approches managériales, etc.) provoquant des conflits internes sur la définition du vrai travail, à même de remettre en cause son organisation ainsi que les frontières professionnelles dans un contexte de "lutte des coordinations" (Blanc 2010). Dans une seconde partie, nous montrerons les conséquences de ces conflits internes sur les conditions de travail. Plus particulièrement, nous analyserons l’opposition entre une vision basée sur une expertise technique liée à une conception de l’intérêt général en aménagement face à la promotion d’une vision managériale du métier (Boltanski Chiapello 2001). La prééminence managériale provoque en effet le foisonnement d’outils de contrôle et de gestion des projets amenant à identifier des "dominants très dominés" (Flocco 2015) vue leur propension à intégrer ces contraintes. Nous examinerons comment les mots d’ordre de transversalité et d’innovation amènent à dénoncer ceux qui ne veulent "sortir de leur zone de confort" ou comment sous couvert d’ateliers estampillés "participatifs", les contraintes du management participent d’une redéfinition des normes du travail constituant perte du sens initial de leur engagement et perte de leur expertise (Linhart 2015). C’est ainsi que les parcours tendent à s’individualiser en promouvant des rémunérations sur le résultat au détriment des grilles collectives, et ces nombreuses injonctions rendent obsolètes les fiches de poste et l’évaluation subséquente. Vivant une situation d’incertitude et d’urgence, nombreux sont les burnouts ou de reconversions vers des champs correspondant mieux à leur vision de l’intérêt général. In fine nous visons à montrer comment les mutations néolibérales du développement urbain (Harvey 2010) se traduisent dans des conflits sur le sens du travail de ces professionnels sous le poids de techniques néomanagériales.
Document type :
Conference papers
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01894703
Contributor : Nicolas Bataille <>
Submitted on : Friday, October 12, 2018 - 4:31:39 PM
Last modification on : Tuesday, October 16, 2018 - 11:21:31 AM

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  • HAL Id : halshs-01894703, version 1

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Nicolas Bataille. Redéfinition du travail dans les bureaux d’études en aménagement et environnement : l’intérêt général techniciste sous pression managériale. JIST XVIe Journées Internationales de Sociologie du Travail, LISE-CNAM, Jul 2018, Paris, France. ⟨halshs-01894703⟩

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