Impressions Soleil Levant. Les ambassades japonaises en Europe (1582-1620)

Résumé : Hélène VU THANH (Université de Bretagne-Sud) La mission du Japon apparaît dans l'imaginaire européen des XVI e-XVII e siècles comme le symbole du « Triomphe de la Foi » 2. Non contente d'être présentée comme une véritable réussite en termes de conversions, elle acquiert une dimension réaliste aux yeux du public européen grâce à la venue en Europe de deux ambassades japonaises, conduites par les jésuites en 1582-1590 et par les franciscains en 1613-1620. Cette image positive mérite cependant d'être nuancée, à la fois en termes de résultats concrets sur le terrain japonais, mais également dans la réception des ambassades, considérées comme des illustrations réussies des succès remportés par les missionnaires ibériques dans les territoires outremer. Les ambassades participent à la constitution d'un savoir direct sur le Japon, pays bien connu en Europe depuis plusieurs années grâce au truchement des missionnaires. Mais elles contribuent également à une complexification, voire un brouillage de l'image de l'évangélisation au pays du Soleil levant. Les ambassades reposent en effet sur une ambiguïté : elles sont présentées comme une initiative de seigneurs japonais, dont les représentants sont venus rendre hommage au pape et témoigner de la construction de la chrétienté locale. Mais elles sont en réalité organisées par les deux ordres religieux les plus solidement implantés au pays du Soleil levant, les jésuites et les franciscains. L'évangélisation du Japon est initiée par les disciples d'Ignace de Loyola qui, à la suite des marchands portugais, s'installent dans l'archipel en 1549. La mission se développe réellement dans les années 1580 sous l'impulsion du visiteur des Indes orientales, Alessandro Valignano, chargé d'inspecter les missions en Asie, et qui conçoit un vaste plan d'ouverture d'établissements scolaires au Japon, destinés à former un futur clergé indigène 3. C'est au visiteur que revient l'idée d'organiser la première ambassade et d'envoyer en Europe quatre jeunes samurais pour un voyage débutant en 1582 et s'achevant par leur retour au Japon en 1590. Entretemps, la Compagnie de Jésus perd le monopole qu'elle détenait jusque-là sur l'évangélisation du Japon et est contrainte de composer avec la venue des ordres mendiants en provenance des Philippines espagnoles. Les premiers franciscains arrivent ainsi au Japon en 1584, mais ne développent leurs activités que dans les années 1590. Si le martyre de Nagasaki en 1597, qui a un retentissement considérable en Europe et en Amérique, marque un coup d'arrêt à leurs activités, ces dernières reprennent au tournant du XVII e siècle. Malgré le déclenchement de persécutions par le pouvoir japonais dès 1613, le franciscain Luis Sotelo décide d'envoyer une 1 Au-delà d'être un clin d'oeil au célèbre tableau de Claude Monet, le titre fait également référence à l'ouvrage d'Antonella Romano, Impressions de Chine, l'Europe et l'englobement du monde, XVI e-XVII e siècles, Paris, Fayard, 2016. 2 Cette expression est empruntée à une pièce de Lope de Vega intitulée Triunfo de la fe en los reinos de Japón, publiée pour la première fois en 1618. La pièce est une mise en écriture de divers récits de martyrs des années 1614-1615, faits par les missionnaires dominicains. La réussite de la mission du Japon se mesure également dans le nombre de martyrs qu'elle produit suite aux persécutions déclenchées par le pouvoir japonais au début du XVII e siècle.
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Article dans une revue
Le Verger, Cornucopia, 2017
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Contributeur : Helene Vu Thanh <>
Soumis le : lundi 2 juillet 2018 - 14:10:38
Dernière modification le : mardi 10 juillet 2018 - 11:01:55

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Helene Vu Thanh. Impressions Soleil Levant. Les ambassades japonaises en Europe (1582-1620). Le Verger, Cornucopia, 2017. 〈halshs-01827510〉

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