« Chinese in Samoa: recent threats at the village level », in L’Océanie Convoitée, Al Wardi, Semir, Jean-Marc Regnault et François Sabouret (eds.), L’Océanie Convoitée. Paris and Papeete : CNRS Editions and ‘API Tahiti, pp. 123-126.

Abstract : La présence chinoise aux Samoa : Menaces récentes au niveau des villages RÉSUMÉ L’importance prise aujourd’hui à Samoa par l’aide chinoise est relativement récente. L’établissement des relations diplomatiques date de 1976. Au tout début des années quatre-vingt, durant nos séjours à Samoa, nous n’entendions pas parler de la Chine parmi les puissances extérieures à qui des demandes d’aide au développement pouvaient être adressées. C’était surtout les États-Unis et l’URSS qui étaient mentionnés. De fait, le « jeu » en la matière pour le Gouvernement était de s’adresser alternativement aux deux ambassades, pour faire monter les enchères. On parlait aussi de la possibilité de s’adresser à l’aide japonaise. Très peu de temps après, Samoa ayant accepté d’accueillir les Jeux du Pacifique Sud en 1983, mais ne disposant pas d’un stade avec des gradins modernes reçut l’aide de la Chine. Tout Samoa se mit à parler de l’aide chinoise, dans la mesure où ce stade national servait aussi à toutes les rencontres sportives nationales. Au début des années quatre-vingt-dix, la Chine offrit de construire un nouvel immeuble pour abriter les bureaux du gouvernement et de nombreux ministères, afin de remplacer l’ancienne installation qui était encore une maison de bois de style colonial. Le résultat fut impressionnant : un immeuble aux nombreux étages, plus haut que tout ce qu’on connaissait dans le pays, avec la construction au sommet du bureau du Premier ministre, en béton, mais reproduisant fidèlement une maison cérémonielle de style samoan traditionnel. Les images firent le tour de tout le Pacifique. Sautons quelques années pour parvenir aux années récentes : en 2013, la Chine construisit un nouvel hôpital, de taille immense, au style encore une fois impressionnant (voir image). La liste pourrait être largement allongée, sans oublier un immeuble supplémentaire pour des services gouvernementaux, là encore d’une taille jusque-là inconnue. Elle inclut aussi les nombreux « dons » d’infrastructures plus légères, qui font régulièrement la une des journaux. Par exemple, le don de réservoirs d’eau potable pour un village de grande taille et qui était mal desservi. Dans le journal local qui en fit une pleine page en septembre 2016, une autre page donnait la parole à des villageois samoans, et soudain c’était un tout autre son de cloche. Ces villageois exprimaient leur colère et leur amertume. Ils parlaient de l’apparition récente, dans plusieurs villages, d’un grand magasin chinois qui vendait l’ensemble des produits de première nécessité, lesquels étaient habituellement vendus par les boutiques traditionnelles qu’on trouvait dans chaque village et qui appartenaient à des familles locales, mais ces produits du magasin chinois étaient vendus à un tarif bien moindre que ceux des boutiques traditionnelles. Le résultat fut rapidement une désaffection des boutiques traditionnelles familiales, et une grande perte pour ces familles. La menace était palpable d’un horizon où les investisseurs chinois mettraient sur la paille le commerce local et même « posséderaient tout Samoa ». À notre question sur l’inaction de la communauté villageoise - pourquoi n’avoir pas interdit l’ouverture de ce nouveau magasin ? pourquoi ne pas retirer l’autorisation (puisque ces nouveaux commerçants n’avaient pas acheté le terrain, ce qui est impossible dans le système de tenure foncière samoane, mais l’avaient simplement loué) - la réponse fut la suivante. Le chef de clan avait enregistré cette terre clanique sous le nouveau système qui, depuis 2008, permet de déclarer une terre coutumière sous le nom d’une seule personne, en général le chef de clan. Nous sommes alors ramenés au problème général de la transformation subreptice, mais accélérée de la tenure foncière à Samoa (et ailleurs en Océanie) qui fait l’objet de la présentation de notre collègue Iati Iati (voir la partie intitulée « Ne pas oublier les Océaniens ») : le passage d’un système de propriété coutumière « clanique » à celui de l’enregistrement d’un titre sous un seul nom (« Torrens system »).
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Contributor : Serge Tcherkézoff <>
Submitted on : Sunday, March 25, 2018 - 4:11:26 PM
Last modification on : Monday, March 26, 2018 - 1:18:52 AM

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  • HAL Id : halshs-01742559, version 1

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Serge Tcherkézoff. « Chinese in Samoa: recent threats at the village level », in L’Océanie Convoitée, Al Wardi, Semir, Jean-Marc Regnault et François Sabouret (eds.), L’Océanie Convoitée. Paris and Papeete : CNRS Editions and ‘API Tahiti, pp. 123-126.. L’Océanie Convoitée, Al Wardi, Semir, Jean-Marc Regnault et François Sabouret (eds.), L’Océanie Convoitée. Paris and Papeete : CNRS Editions and ‘API Tahiti, 2017. ⟨halshs-01742559⟩

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