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Compte rendu de : Geneviève Bédoucha, Les liens de l’eau : en Brenne, une société autour de ses étangs

Résumé : Repères : Natures Sciences Sociétés 20, 485-508 (2012) 489 I. Baumont, bergère en Basses-Alpes, reprend son mémoire de master (Berger, un authentique métier moderne, 2005) : elle parle du « corps dans le métier de berger » (corps dans l'environnement pastoral, corps pendant la garde), de la dimension affective de la pratique du métier (« de l'interconnaisance à la communication avec les bre-bis », l'identification du berger au troupeau, la responsa-bilité et l'investissement), de la « passion » du berger (discipline pastorale, grands espaces et enfermement, célibat, moyens d'évasion). On ne peut sortir du livre comme on y est entré : pour un lecteur spécialiste de l'éducation scientifique et tech-nologique, loin d'être un familier des bergers comme des recherches zootechniques, même s'il en a souvent entendu parler, la démonstration, certes non canonique, du savoir-faire des bergers dans la conduite « ration-nelle » de leur troupeau pour une meilleure alimentation et la mise en évidence de leur conscience aiguë de leur responsabilité et des moyens de leur efficience sont impressionnantes. Ce que montrent ces bergers et ber-gères qui ont pratiqué leur métier dans un « accompa-gnement » réciproque avec les chercheurs et qui analy-sent leur pratique, c'est la technicité de ce métier : une pensée explicite propre, un équipement spécifique (chien, outillage…), une anticipation permanente de leur action, qui suppose une « sémiologie ». De ce point de vue, parler de « savoir-faire » est sans doute réducteur : il s'agit de compétences qui dépendent d'un savoir réflexif. Dans ce savoir, les concepts de secteur, quartier et circuit (chap. 4), ou le concept de troupeau (sans berger, pas de troupeau) tel qu'on l'appréhende à travers l'analyse de la conversation du berger et du chevrier (chap. 7), ne sont pas des concepts pragmatiques « en acte », et les modèles de « formes de troupeau » ne sont pas des représenta-tions « spontanées » (chap. 5) : ce sont des constructions en partie « théoriques », représentatives, prédictives et explicatives. L'absence de tentative pour un « modèle socio-écono-mique » du travail de berger de garde surprend un peu : la question était posée dans les « enquêtes pionnières » (chap. 3) pour comprendre quels intérêts avaient assuré sa « survie » dans les Alpes, malgré les incitations à la modernisation ; qu'en sera-t-il demain ? Mais tel qu'il s'offre au lecteur, Un savoir-faire de berger est une belle illustration d'un ensemble de travaux mettant en oeuvre ce qu'on peut appeler une problématique multiréférentielle, coordonnant des points de vue de chercheurs (multidis-ciplinaires), de professionnels (bergers, ingénieurs), et finalement d'animaux. Il serait très regrettable que ce type de recherche de longue haleine et de problématisation complexe (partenariat, immersion, collaboration) ne soit plus envisageable avec la mode des agences à appels d'offres ; car, pour beaucoup d'enjeux sociotechniques actuels, ce sont bien ces recherches et non pas les recherches classiques « sûres » qui changent les « paradigmes ».
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Contributor : Hal - Ceh <>
Submitted on : Thursday, February 15, 2018 - 1:26:29 PM
Last modification on : Friday, December 11, 2020 - 3:53:00 AM

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Olivia Aubriot. Compte rendu de : Geneviève Bédoucha, Les liens de l’eau : en Brenne, une société autour de ses étangs. 2012, pp.489-491. ⟨10.1051/nss/2013046⟩. ⟨halshs-01694856⟩

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