Sûreté nucléaire, urbanisme et aménagement du territoire

Résumé : L'actualité récente-catastrophe de Fukushima le 11 mars, accident industriel à Marcoule le 12 septembre 2011, malfaçons dans la construction de l'EPR de Flamanville, a relancé la controverse sur le nucléaire en France. Certains pays européens déclarent leur intention de renoncer à l'énergie nucléaire, comme l'Allemagne, d'ici 2022 ou la Suisse, d'ici 2034. D'autres en revanche confirment leur choix de cette industrie, telle la Grande-Bretagne, voire envisagent l'extension de leur programme, ainsi la République Tchèque ou la Pologne. Le débat démocratique et scientifique autour de ces questions n'est pas nouveau. Mais l'enchaînement d'un séisme, d'un raz de marée et d'un accident nucléaire au Japon a montré que les catastrophes ont changé de nature. «L'improbable est possible » 1 , pour reprendre les propos de Philippe Jamet, commissaire de l'ASN. L'impensable devient réalité, écrit l'économiste Yann Moulier Boutang : avec Three Mile Island (fusion partielle du réacteur) ou Tchernobyl « le risque était comme le cygne : blanc. Avec Fukushima, le cygne est noir.». 2 La démesure de la catastrophe métamorphose les représentations du risque, de la sécurité, de la sûreté et le rapport entre ces termes, rendant nécessaire une approche critique de leur définition. 1-Trois définitions en débat Le terme de risque renvoie, selon l'étymologie latine, resecum (ce qui coupe), à l'idée de rupture dans le cours des événements. Contrairement aux nuisances qui se ressentent, et aux pollutions qui se mesurent, il est difficile à appréhender concrètement. Il n'a d'existence que par la conjonction d'un danger qui se réalise au travers d'un accident, et d'un "objet" vulnérable (société territorialisée) représentant des enjeux. Le développement des sociétés industrielles a pour conséquences une imbrication des risques naturels et anthropiques, en particulier en milieu urbain où la concentration des populations et des activités les accentuent. L'installation nucléaire présente des caractéristiques qui la différencient nettement des autres risques technologiques. Elle est en interrelation avec l'espace environnant. Si l'on compare les définitions du risque industriel et du risque nucléaire dans les documents mis à la disposition du public, on constate qu'elles ne sont pas uniformisées. Qu'il s'agisse de mémentos à l'usage des maires, d'informations préfectorales ou de documents pédagogiques, le risque industriel majeur est identifié comme un événement se produisant sur un site entraînant des conséquences immédiates graves pour le personnel, la population, l'environnement. De même, la fusion du coeur du réacteur d'une centrale est considérée comme l'accident nucléaire majeur. Mais le risque nucléaire est, soit identifié à un risque industriel majeur, soit envisagé du seul point de vue de ses effets sur les hommes et l'environnement (irradiation, contamination). La différenciation se traduit parfois par une euphémisation. S'il n'existe pas d'échelle pour le risque technologique, le risque nucléaire est en revanche estimé selon une échelle comparable à celle de Richter pour les séismes, graduée de 0 à 7.
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Journal articles
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01657617
Contributor : Catherine Bernié-Boissard <>
Submitted on : Wednesday, December 6, 2017 - 10:39:30 PM
Last modification on : Thursday, June 6, 2019 - 2:35:16 PM

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Catherine Bernié-Boissard. Sûreté nucléaire, urbanisme et aménagement du territoire. Droit nucléaire, PUAM, 2012. ⟨halshs-01657617⟩

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