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Remarquables mais non (re-) marqués : Le rôle du genre et de la blanchité dans les représentations des corps technologisés

Résumé : Remarquables mais non (re-) marqués: Le rôle du genre et de la blanchité dans les représentations des corps « technologisés » Lucie Dalibert (Version finale, publiée dans Poli – Politique de l'image, 10, pp. 50-59) « Le plus fort, le plus rapide, en un mot le meilleur ». C'est ainsi que Steve Austin, « l'homme qui valait trois milliards » est décrit par la voix off du générique d'ouverture de la célèbre émission de télévision (diffusée sur la chaîne ABC aux États-Unis de 1974 à 1978 et sur Antenne 2 en France de 1975 à 1986). « Reconstruits » par la technologie, son oeil gauche, son bras droit, et ses deux jambes sont bioniques et dotent Austin d'une vue, d'une force et d'une vitesse accrues. Technologiquement augmenté ou amélioré, c'est un posthumain. « Le plus fort, le plus rapide, en un mot le meilleur », c'est aussi ce à quoi les personnes vivant avec des prothèses sont tenues d'être dans la mesure où elles sont immergées dans un système de représentations et un univers normatif tels qu'elles doivent incarner un horizon inaccessible pour pouvoir compter et être reconnues comme humaines 1. Au fil de leurs victoires paralympiques et de leur présence médiatique, Aimee Mullins et Oscar Pistorius sont devenus les incarnations – ou même les icônes – contemporaines du « cyborg » ou du « posthumain ». À partir d'un corpus composé de photographies parues dans la presse internationale entre 2007 et 2014 qui représentent Mullins et Pistorius, et étayé des brochures promotionnelles et sites web des fabricants de prothèses (e. g. Össur, Ottobock, Touch Bionics), nous verrons que ce sont des corps et des prothèses particuliers qui figurent majoritairement dans les medias. Dans ces représentations, c'est le génie « high-tech » et la beauté physique conforme aux idéaux de la féminité et de la masculinité blanches hétérosexuelles qui sont exclusivement mis en scène. Ce faisant, elles tendent à subsumer l'ensemble des réalités prothétiques ou « cyborg », rendant invisibles les pratiques et les corporalités plus ordinaires mais d'autant plus singulières de la grande majorité de personnes qui vivent avec des prothèses, qu'il s'agisse de personnes âgées, d'accidentés de la route ou du travail, ou d'enfants ayant marché sur des mines antipersonnel. En fait, dans ce système de représentations et l'univers normatif qu'il crée, si les corps sont « technologisés », ils n'en portent aucune cicatrice ou trace. La technologie, tout comme la différence corporelle qu'elle engendre, doivent disparaître. Restent des corps à la plastique lisse et générique ainsi que des prothèses à la fois esthétisées et neutralisées. Dans ce processus, qui est aussi un processus de domestication et de norma(lisa)tion des corps « technologisés », la blanchité et les normes hétéronormatives de genre jouent un rôle clé ; et si la technologie — ici prothétique — n'est ni raciste ni hétérosexiste en soi, elle est imbriquée dans des dynamiques qui le sont. En fait, ces fictions et représentations — à la fois médiatiques et générées par l'ingénierie biomédicale — créent un univers des possibles particulièrement restreint et violent pour les corps « technologisés ». Ce sont ces processus auxquels nous allons nous intéresser ici. D'abord, à travers un détour dans les 19 ème et 20 ème siècles, il s'agira de mettre en perspective la signification morale des corps, les effets racialisants et racistes que peuvent avoir les technologies, et plus généralement l'enchevêtrement des corps, des technologies et des normes concernant ce/ux qui compte/nt comme humain/s. Ensuite, seront abordés les corps tels qu'ils sont actuellement représentés lorsqu'ils sont « technologisés »
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Contributor : Lucie Dalibert Connect in order to contact the contributor
Submitted on : Thursday, November 30, 2017 - 6:13:08 PM
Last modification on : Monday, September 13, 2021 - 3:20:30 AM

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  • HAL Id : halshs-01650167, version 1

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Lucie Dalibert. Remarquables mais non (re-) marqués : Le rôle du genre et de la blanchité dans les représentations des corps technologisés. Poli - Politique de l'Image, Poli éditions, 2015, 10, pp.50-59. ⟨halshs-01650167⟩

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