Persuasion, escarmouches, prises d'otages. L'exercice du pouvoir dans la colonie française de Nosy Be, Nord-Ouest de Madagascar (1839-1896)

Résumé : La question de la répression, qu'elle soit coloniale ou autre, pose celle plus générale du pouvoir. Le pouvoir, capacité de faire triompher une volonté exige, une fois acquis, le développement de stratégies de maintien. La répression est un des modes de conservation du pouvoir. Elle a pour objectif d'annihiler toute forme de contestation ou de tentative de déstabilisation de l'autorité. Le terme de répression induit donc une idée de force, de violence. La constitution d'un appareil coercitif est consubstantielle à toute forme de pouvoir et d'État. 1 En cela, la violence qui caractérise le pouvoir colonial ne déroge pas à la norme. Le but primordial de toute entreprise de domination, de prise de pouvoir est de le pérenniser, ce qui implique l'élaboration de formules non seulement coercitives mais aussi juridiques et psychologiques. La répression coloniale est une variante de la répression étatique classique, et présente des caractéristiques particulières. Elle est organisée par une minorité d'étrangers dont les systèmes politiques et les conceptions idéologiques sont rigoureusement différents de ceux de la population et des autorités locales (religieuses et politiques), qui la considèrent comme illégitime. Si la prise du pouvoir par une entité politique étrangère, s'est généralement accomplie par la ruse, la persuasion, la force ou la violence le pouvoir colonial s'est par la suite durablement installé en ménageant habilement ces différentes formes de pression. 2 Je propose dans cette étude d'analyser les moyens utilisés par le pouvoir colonial pour commander et se maintenir, alors qu'il était en position de faiblesse relative. Il s'agit avant tout pour les colonisateurs d'inculquer aux populations colonisées les fonctionnements du nouveau système politique. Dans un second temps, leur objectif est de détruire les autorités locales, encore véritables rivales. Enfin, une fois le pouvoir bien installé, le maintien se formalise par l'instauration de l'Etat dans sa déclinaison coloniale, bâti sur la surveillance et la coercition, fondé sur un droit et une nouvelle territorialité fonctionnelle. L'échelle locale d'analyse permet d'appréhender, au quotidien, les formes prises par le gouvernement colonial, d'en comprendre les applications concrètes et les évolutions. A travers le cas de Nosy Be, petite île du Nord-Ouest de Madagascar, occupée dès 1840 par les Français, je propose de montrer comment le pouvoir colonial s'est appuyé sur des ressources stratégiques variées, qui nécessitaient à tout le moins une excellente connaissance du terrain et surtout celle des particularités des formations politiques malgaches. Par quelles stratégies les Français, peu nombreux et isolés ont-ils réussi à instaurer leur pouvoir, puis le gouvernement colonial ? Comment parvenaient-ils à se faire obéir ? Quelle était, aussi, la place des autorités dynastiques malgaches dans ce processus ? Les méthodes appliquées ne constituaient pas une réelle stratégie d'ensemble, mais plutôt une succession de mesures tantôt répressives et brutales, tantôt persuasives et diplomatiques.
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Contributor : Samuel F. Sanchez <>
Submitted on : Monday, March 25, 2019 - 3:52:31 PM
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Samuel F. Sanchez. Persuasion, escarmouches, prises d'otages. L'exercice du pouvoir dans la colonie française de Nosy Be, Nord-Ouest de Madagascar (1839-1896). Colonisations et Répressions, Les Indes Savantes, p.413-439, 2015. ⟨halshs-01530903⟩

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