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Should we do away with linguistic ideologies?

Résumé : « Tout ce qui est idéologique est un signe. Sans signe, point d'idéologie. » (Volochinov/Bakhtine 1977, p. 25, italiques dans l'original) 1. L'idéologie linguistique, une notion omniprésente ? La question qui sert de titre à cet essai se veut, à dessein, provocante — d'autant que la notion d'idéologies linguistiques est largement utilisée en anthropologie linguistique comme en sociolinguistique, et fait l'objet de nombreux volumes, chapitres de manuels, etc. Dans un récent article dressant le bilan de l'année 2015 en anthropologie linguistique, Nakassis (2016) en fait l'un des thèmes principaux de la discipline, et depuis peu une revue francophone publiée au Canada (Circula, Revue d'idéologies linguistiques) lui est consacrée. Curieusement cependant, compte tenu de l'apport de la réflexion en français autour de la notion d'idéologie, et notamment à partir des travaux de Louis Althusser, c'est par l'Amérique du Nord que ce concept semble revenir en sociolinguistique francophone, et plus généralement européenne — nous disons « semble », car s'il revient, c'est souvent sous une forme détachée du programme de recherche dans lequel le terme a été initialement promu. Face à l'étendue des usages de la notion d'idéologies linguistiques, la question posée dans cet article procède du constat que fait Marshall Sahlins quant à la pérennité des concepts en sciences sociales. « Dans les sciences sociales », écrit-il en parlant notamment de la notion de pouvoir, « les paradigmes ne deviennent pas démodés parce qu'ils expliquent de moins en moins de choses, mais parce qu'ils en expliquent de plus en plus — jusqu'à ce que, bientôt, ils expliquent à peu près tout » (Sahlins 2002, p. 74). En prenant l'exemple du livret de résumés du congrès du Réseau francophone de sociolinguistique qui s'est tenu à Grenoble en 2015 où les termes « idéologie », « idéologiques », sont employés dans près d'une trentaine de propositions, on voit ces termes en affinité avec ceux de discours ou de représentions, avec un intérêt pour ce que disent les acteurs sociaux, pour la manière dont les humains connaissent et se représentent le monde — pour la dimension essentiellement symbolique de l'expérience humaine donc. Dans ce type de perspective symbolique, les référents sont stables, ce que les sciences sociales étudient ce sont les différents points de vues sur ces objets, appréhendés par une observation des pratiques et des discours (Kohn 2015, p. 314). Cela renvoie principalement à une conception des idéologies comme systèmes d'idées autonomes, qui sous-tendrait l'action et le discours, voire les déterminerait. En d'autres termes, les idéologies semblent fonctionner comme des structures sous-jacentes, que l'analyste s'attacherait à dévoiler. Si cet usage (qui constitue peut-être une appropriation hésitante d'un terme en vogue en anthropologie linguistique nord-américaine) peut se réclamer d'une généalogie respectable, puisant dans une certaine lecture des Thèses sur Feuerbach de Marx, il nous semble nécessaire de nous demander si cette notion est bien utile : si, en effet, elle ne sert qu'à remplacer les termes « idée » ou « représentation », alors en avons-nous réellement besoin ?
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Contributor : James Costa Connect in order to contact the contributor
Submitted on : Thursday, May 25, 2017 - 12:11:30 PM
Last modification on : Thursday, October 21, 2021 - 5:05:28 AM
Long-term archiving on: : Monday, August 28, 2017 - 5:40:17 PM

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Costa T. James. Should we do away with linguistic ideologies?. Langage et Société, Maison des Sciences de L'homme Paris, 2017, 160-161, pp.111 - 127. ⟨10.3917/ls.160.0111⟩. ⟨halshs-01527770⟩

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