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Salaire et salariat au Moyen-Âge : le regard d’un économiste.

Résumé : La tentation de l’économiste est toujours, lorsqu’il doit analyser des phénomènes économiques, de mobiliser sa « boîte à outils » reposant sur deux instruments conceptuels étroitement liés. Le premier est l’homo oeconomicus. Dans le champ des activités économiques (et même, pour certains économistes comme Gary Becker, quel que soit le champ d’activité considéré), le comportement est supposé a priori rationnel et intéressé. Plus précisément, l’individu est supposé conscient de ses intérêts, et désireux de les poursuivre de la façon la plus efficace étant donné les moyens dont il dispose et les contraintes auxquelles il est soumis. Le second concept clé est celui de marché. Comme l’a noté ironiquement mais assez justement le prix Nobel Robert Solow, les économistes sont des perroquets répétant inlassablement « offre et demande ». Le jeu de l’offre et de la demande détermine le prix, sur le « marché » du travail comme sur tous les autres marchés. Les anthropologues et sociologues, depuis plus d’un siècle, ont eu beau jeu de dénoncer le caractère réducteur de cette approche : les économistes tendent à universaliser et, par là, naturaliser des catégories (l’homo oeconomicus et le marché comme mécanisme de coordination des comportement et d’allocation des ressources) qui ne sont que des constructions historiques et sociales. En appliquant ces catégories à d’autres époques et/ou d’autres sociétés, les économistes risquent de commettre les péchés d’anachronisme et/ou etnocentrisme. Max Weber a montré comment l’homo oeconomicus n’était qu’une représentation occidentale bourgeoise récente, fruit d’une longue évolution historique. Karl Polanyi, et à sa suite la sociologie économique contemporaine, a souligné comment – y compris dans nos sociétés occidentales contemporaines, et a fortiori dans des sociétés plus éloignées dans l’espace ou dans le temps – les activités économiques, mêmes quand elles prenaient la forme d’échanges monétarisés, étaient enchâssées, ou encore « encastrées » (selon la traduction que l’on donne à « embedded ») dans des relations sociales. On distinguera deux formes principales d’encastrement. La première, que l’on désignera ici par l’encastrement cognitif et culturel, renvoie à ce que l’on pourrait nommer les catégories de l’entendement, ou encore, de représentation. Le comportement économique impliqué par le concept d’homo oeconomicus suppose tout un ensemble de représentations – à commencer par la notion d’intérêt individuel, un certain rapport au temps, les concepts d’investissement, de profit et de rendement, de risque etc. – que l’on ne retrouve pas, ou qui ne prennent pas le même sens, dans d’autres systèmes culturels. La deuxième forme renvoie à l’encastrement social, qui lui-même a deux dimensions. Dans la lignée de Mark Granovetter , nous distinguerons ici l’encastrement relationnel de l’encastrement structural. Le premier renvoie aux relations personnelles de l’individu (de voisinage, de parenté…). Le second, de façon plus englobante, inscrit les activités de l’individu dans la structure des rapports sociaux (maître/valet, suzerain/vassal…). L’évidence de ces deux formes d’encastrement – et plus particulièrement de la seconde - semble s’imposer lorsque l’on s’intéresse au « marché du travail » - si on pardonne, justement, cet anachronisme – au Moyen-Age, et plus particulièrement au salaire, entendu en un sens large, et au salariat. Sans la remettre fondamentalement en question, c’est cette évidence que nous voudrions cependant interroger, à la lumière de l’apport très riche des contributions à cet ouvrage. Plus précisément, la question suivante guidera notre analyse : dans quelle mesure les pratiques constatées s’éloignent-elles de ce qui découlerait de la logique économique stricte – i.e. celle découlant de pratiques rationnelles d’individus établissant des rapports marchands ? Ces pratiques sont-elles finalement si « encastrées » que l’on pourrait le penser a priori ? Ou encore, qu’est ce que l’étude du salaire et du salariat au Moyen-Âge révèle des formes d’imbrication entre logiques sociales (au sens large) et logique économique (au sens « strict ») ?
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01500156
Contributor : Jérôme Gautié <>
Submitted on : Sunday, April 2, 2017 - 5:46:36 PM
Last modification on : Tuesday, January 19, 2021 - 11:08:31 AM

Identifiers

  • HAL Id : halshs-01500156, version 1

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Jérôme Gautié. Salaire et salariat au Moyen-Âge : le regard d’un économiste.. Patrice Beck, Philippe Bernardi, Laurent Feller. Rémunérer le travail au Moyen-Age, Editions Picard, pp.125-133, 2014. ⟨halshs-01500156⟩

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