L. Vie-de-guillaume-le, En réalité, Guillaume est certes un cadet, son père n'est certes pas un baron, mais sa mère est de haute noblesse Deux siècles plus tard écrite peut-être à la demande de l'entourage du jeune Charles VI vers 1383, souligne les origines modestes du nobliau breton désargenté, réduit à conquérir son équipement en défiant des chevaliers nantis, qui sera nommé connétable? à 50 ans, illustrant au passage l'observation de Bernard Guenée sur la lenteur de l'ascension sociale Ces oeuvres mettent en avant la mobilité sociale ascendante de leur héros comme une preuve et une récompense de sa valeur. Car, au coeur de l'idéologie chevaleresque, il y a l'idée que la noblesse est un potentiel qu'il faut actualiser : « La noblesse vient d'un coeur généreux : la gentillesse de lignage n'est pas gentillesse qui vaille, s'il manque la générosité du coeur » écrit Jean de Meung dans le Roman de la rose (v.18623-6) 61 . L'idéologie nobiliaire est par conséquent favorable à l'ascension sociale qui seule permet de concilier les deux idées contradictoire que sont, d'une part, la certitude que les qualités personnelles sont héréditaires (« De bon arbre vient bon fruit » dit la Chanson de Guillaume, v. 14960), et, d'autre part, celle que la noblesse est une qualité individuelle qui se prouve par des actes. Le héros chevaleresque est donc celui qui actualise et dépasse son potentiel héréditaire. Il en est de même pour les saints, qui puisent leur vertu dans la qualité de leur sang 62 . Le héros chevaleresque ou le saint étant des superlatifs de la noblesse, celle-ci ne juge pas mal l'ascension sociale qui peut en découler, qu'elle mène à la tête du royaume ou à celle de l'Eglise. L'idéologie nobiliaire articule donc précocement la notion « d'élite » (la noblesse) et celle de « gens d'élite » (les héros chevaleresques ou les saints) autres ; car d'un seul père et d'une seule mère sont issues toutes gens, Maréchal écrite vers 1210 à la demande de son fils ne se préoccupe pas de chercher des ancêtres prestigieux à Guillaume se référera sa descendance Il est pourtant lui aussi issu d'une très ancienne famille féodale qui remonte au XIe siècle. Il en est de même pour Jean le Meingre, dit Boucicaut, ou Jacques de Lalaing 60 La Dame du Lac propose même une histoire de cette articulation au jeune Lancelot lorsqu'elle lui explique les origines de la chevalerie au début du roman : Sachez que, quand les chevaliers furent créés et institués, ce ne fut pas un badinage, ni qu'ils fussent au commencement plus gentilshommes ou de plus haut lignage, les uns que les pour garantir les faibles pacifiques et les gouverner selon la justice, ainsi que pour dissuader les forts des injustices et des outrages qu'ils commettaient, pp.13-16, 1990.

G. E. La-biographie-chevaleresque, Typologie d'un genre (XIIIe-XVe siècle), pp.319-327, 1994.

A. M. Le-chevalier-lettrécastelnuovo and G. Revisiter-un-classique, Savoir et conduite de l'aristocratie aux XIIe et XIIIe siècles D'une manière générale, le débat entre noblesse de race et de vertu a des origines très anciennes puisqu'il dérive de la philosophie aristotélicienne et stoïcienne, noblesse, hérédité et vertu d'Aristote à Dante et à Bartole (Italie communale, début XIIIe-milieu XIVe siècle », M. VAN DER LUGT et C. de MIRAMON, L'Hérédité entre Moyen Âge et époque moderne : perspectives historiques, pp.440-442, 2008.