"Réflexions sur les hommes nouveaux et l’ascension sociale au Moyen Âge, de Leudaste à Jacques Cœur, en passant par Pareto"

Résumé : La société médiévale se pense comme une société d’ordres, c’est-à-dire que l’ordre social n’est qu’un aspect de l’ordre du monde, voulu par un Dieu horloger. Les penseurs du Moyen Âge ont certes adapté leur lecture de la société à mesure que celle-ci changeait, en pensant par exemple la trifonctionnalité oratores / bellatores / laboratores lorsqu’apparaît la seigneurie banale au XIe siècle, mais ces adaptations se font toujours avec un temps de retard et surtout ne font aucune place à la dynamique sociale : un ordre chasse l’autre, mais se présente toujours comme éternel . Pourtant, les contemporains font régulièrement le constat de la mobilité individuelle, en général pour s’offusquer de la place indue que prennent les parvenus. Ils ont donc une incapacité manifeste à penser la mobilité sociale qu’ils attribuent au hasard, incarné par la roue de Fortune, allégorie bifrons qui élève les humbles et abaisse les puissants au gré de ses caprices. À leur décharge, la richesse étant avant tout foncière et se transmettant par héritage, la mobilité sociale devait être limitée. Les médiévistes sont-ils mieux à même de la cerner ? Les termes « d’ascension sociale », de « parvenu » et « d’hommes nouveaux » leur viennent volontiers sous la plume sans pourtant figurer parmi les termes techniques propres à l’analyse de la société médiévale, car ils sont absents des dictionnaires d’histoire du Moyen Âge, au contraire de notions « d’ordres », de « classes » ou « d’états » . Le terme « homme nouveau » en particulier étant emprunté à l’histoire antique, il fait partie de la culture historique partagée qui n’appelle pas de définition propre. La remarque est valable pour les autres termes évoquant la mobilité sociale, dont la définition se rapporte au sens commun. De cette relative indifférence, il résulte que peu d’ouvrages ou d’articles traitent spécifiquement du changement social. Il s’agit moins d’un problème de sources que de culture professionnelle, car ces questions sont abordées depuis longtemps dans le cadre de monographies d’histoire régionale sur les villes et les campagnes ou de monographies familiales – abordées, mais pas traités frontalement. Cette approche est propre à la médiévistique française, car de nombreux ouvrages en langue anglaise ou italienne prenaient la question à bras le corps dès les années 1970 . La question de la mobilité sociale a connu en revanche un succès croissant en France, sous l’effet des programmes de recherche sur la genèse de l’Etat moderne qui a suscité la multiplication de prosopographies à partir la fin des années 1980 . Ces études prosopographiques ont à leur tour vivifié l’histoire sociale dans les années 1990, en particulier sous l’angle de l’étude des « élites », qui a elle-même ouvert la voie à celle de la mobilité sociale, en particulier à travers l’anoblissement . Un point historiographique et conceptuel sur les élites s’impose donc pour expliquer le succès récent du thème de la mobilité sociale en histoire médiévale. Ce détour théorique permettra de distinguer mobilité individuelle et collective, que l’on abordera ensuite sous l’angle de « l’homme nouveau » et de l’ascension sociale (ses mécanismes et son ampleur). On s’interrogera enfin sur la perception positive de quelques cas d’ascension sociale par les gens du Moyen Âge, alors que la réprobation domine en général.
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Contributor : Boris Bove <>
Submitted on : Saturday, February 18, 2017 - 10:31:52 PM
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Boris Bove. "Réflexions sur les hommes nouveaux et l’ascension sociale au Moyen Âge, de Leudaste à Jacques Cœur, en passant par Pareto". Benoît Musset (dir.). Hommes nouveaux et femmes nouvelles, de l’Antiquité au XXe siècle, PUR, pp.37-57, 2015. ⟨halshs-01471109⟩

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