Les catastrophes naturelles au Moyen Âge (XIIe-XVe siècle)

Résumé : Catastrophe : le terme renvoie dans nos représentations contemporaines à des images de destruction, de désorganisation sociale et éventuellement de mort de masse. Les événements tels que les inondations, les tremblements de terre, les tempêtes, etc., sont inévitablement pensés sur le mode du drame et de la tragédie. Viennent à l'esprit la nécessité de comprendre l'événement à travers un bilan des pertes matérielles et surtout humaines, la détresse des populations sinistrées, le devoir gouvernemental et non-gouvernemental de développer l'aide humanitaire, et le nécessaire travail de mémoire d'un malheur collectif. C’est en considérant ce faisceau de réaction en tant qu'il constitue une « sensibilité tragique » face à l'événement, que cet ouvrage approche la situation de catastrophe. Cette sensibilité tragique n'est pas une constante historique. Elle répond à un imaginaire propre à la société moderne, ce qui incite à interroger d'une nouvelle façon l'histoire de la perception des catastrophes naturelles au Moyen Âge, entre XIIe et XVe siècles. Au centre de l'analyse se trouve la question de la fabrique de l’événement à travers la sensibilité de la société médiévale. Cette société donne-t-elle du sens à la catastrophe par le prisme de la destruction et du drame ? C’est ainsi l’hypothèse que la sensibilité au malheur humain a une histoire qui est interrogée. Car, en cas de catastrophe naturelle, la situation dramatique des victimes n'a pas constitué le centre des préoccupations dans la société médiévale. Ce qui compte, c’est avant tout la leçon morale envoyée par la catastrophe. Cette attitude conduit à penser non pas seulement la souffrance passive des victimes, mais aussi leur responsabilité active dans le déclenchement d'un événement considéré comme un signe, dans une logique rétributive. Dans ce contexte, l’événement inquiète et étonne mais ne conduit pas nécessairement l'observateur ou le gouvernant à la pitié et à la compassion. Une évolution générale de la sensibilité vers une plus grande attention au destin tragique des victimes s'opère seulement à partir de la fin du XVe siècle et surtout au XVIe siècle. C'est le moment où l'humanisme de la Renaissance promeut le concept de « désastre ». Dès lors, la figure de la victime structure plus fortement le discours et les dispositifs de gouvernements lors des catastrophes. La Renaissance aurait en quelque sorte inventé la figure victimaire. On considère souvent le XVIIIe siècle, particulièrement au lendemain du tremblement de terre de Lisbonne en 1755, comme le tournant majeur vers cette sensibilité compassionnelle. À la lumière d'un Moyen Âge moins étudié dans ce domaine, on en voit en fait prémices se développer dès la Renaissance et en faire une caractéristique majeure de cette période. On voit également que si la société médiévale constitue une société du signe, avec toutes les implications sociales que cela comporte, elle ne constitue en aucune manière une société superstitieuse, en ce sens que la catégorisation d'un événement en signe résulte chez les observateurs du monde d'une véritable réflexion sur la survenue des phénomènes naturels. Une grande conscience du monde leur permet ainsi de considérer la plupart de ces phénomènes simplement comme des accidents. Ce couple conceptuel « accident / signe » oriente en fait toute la perception des phénomènes naturels à cette époque ; de la même façon que le couple « aléa / catastrophe » domine la vision contemporaine des choses. C’est sur cette base que les phénomènes naturels deviennent éventuellement des événements sociaux pour les hommes et les femmes du Moyen Âge.
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Books
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01459510
Contributor : Thomas Labbé <>
Submitted on : Tuesday, February 7, 2017 - 12:30:01 PM
Last modification on : Friday, September 14, 2018 - 9:56:09 AM

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  • HAL Id : halshs-01459510, version 1

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Thomas Labbé. Les catastrophes naturelles au Moyen Âge (XIIe-XVe siècle). CNRS ÉDITIONS. 2017, 978-2-271-08947-2. ⟨halshs-01459510⟩

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