Entre contrainte professionnelle, stratégie d’acteur et engagement militant : le dépassement de la durée légale de travail des cadres d’une fédération d’associations d’éducation populaire au regard de la sociologie de l’activité

Résumé : Tantôt interprétée comme la conséquence d’une surcharge de travail ou d’une prescription émanant de l’employeur, tantôt analysée comme une stratégie de maximisation du salaire par un acteur économique, le dépassement de la durée légale de travail repose selon nous sur des processus psychosociaux bien plus complexes que la seule rationalité de l’homo economicus ou que l’aliénation du travailleur au système capitaliste. En effet, comme l’ont mis en avant les travaux de plusieurs auteurs en psychologie et en sociologie du travail, si la prescription des tâches, l’environnement de travail et les ressources à disposition pour exécuter celui-ci conditionnent en grande partie l’activité, le travailleur n’est jamais passif et peut déployer des stratégies individuelles ou collectives pour redonner du sens à son activité, ou tout simplement pour réaliser celle-ci correctement. Ainsi, selon les situations, dépasser le temps de travail peut être vécu comme une obligation, un moyen de faire ce que l’on n’a pu faire dans le cadre fixé légalement, ou encore comme la résultante d’un engagement dans une activité non pas source de souffrance, mais de plaisir. La situation observée au cours d’une intervention sociologique menée au sein d’une fédération d’associations d’éducation populaire en région Rhône-Alpes, pendant laquelle nous avons accompagné la direction des ressources humaines et le CHSCT dans la production d’un diagnostic des risques psychosociaux des cadres et d’une nouvelle politique de prévention alors qu’une grande majorité des cadres travaillaient plus de 40 heures par semaine, est symptomatique de cette complexité. En effet, si une partie des cadres rencontrés considéraient leur dépassement horaire comme la conséquence directe d’une surprescription de l’activité, d’autres, plus nombreux, y voyaient la possibilité de se concentrer sur la raison de leur engagement professionnel dans le secteur associatif, en participant à la vie associative de l’organisation et en conduisant des projets culturels et éducatifs, là où le reste de la semaine de travail est consacrée à des tâches moins considérées (comptabilité, gestion). Ainsi, le présentéisme des cadres peut aussi bien se comprendre ici comme le produit d’une activité contrainte, d’une action délibérée, mais aussi comme le fruit d’un engagement subjectif dans l’activité de travail que certains n’hésitent pas à qualifier de « militant », un militantisme s’inscrivant d’ailleurs dans les trajectoires et carrières des travailleurs, souvent issus d’un milieu social marqué par l’engagement politique et syndical. Notre présentation aura pour objectif de revenir sur les résultats de cette intervention, tout en considérant comme pertinente la rencontre entre travail et hors travail dans l’analyse de l’activité, et en défendant l’hypothèse que la réduction du temps de travail n’est viable que si l’on en interroge aussi le contenu.
Document type :
Conference papers
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Contributor : Bastien Pereira Besteiro <>
Submitted on : Thursday, February 2, 2017 - 1:15:40 PM
Last modification on : Wednesday, October 31, 2018 - 12:24:14 PM

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  • HAL Id : halshs-01452914, version 1

Citation

Bastien Pereira Besteiro. Entre contrainte professionnelle, stratégie d’acteur et engagement militant : le dépassement de la durée légale de travail des cadres d’une fédération d’associations d’éducation populaire au regard de la sociologie de l’activité. Quatrième journée d'études des doctorants en sociologie des groupes professionnels, Association Français de Sociologie - RT1 Savoirs, Travail et Professions, Jun 2016, Nanterre, France. ⟨halshs-01452914⟩

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