Résumé : Les firmes de la grande distribution sont de très grands groupes, souvent de niveau national, voire mondial. Quels que soient les produits vendus, ces firmes se caractérisent par de grandes surfaces de vente. Une même enseigne se déploie en de nombreux magasins organisés en réseau, qu'il s'agisse de franchises ou qu'ils soient directement gérés par le groupe. La grande distribution rassemble principalement les enseignes des grandes et petites surfaces alimentaires, celles de l'alimentation spécialisée ainsi que des magasins spécialisés non alimentaires, telles que les enseignes culturelles, d'équipements de la personne et de la maison. La grande distribution ainsi définie représenterait environ 60% du chiffre d'affaires du commerce de détail en France (Insee, 2010). Le « e-commerce » pourrait être envisagé comme une nouvelle branche de la grande distribution. Nous renvoyons à ce sujet au chapitre 7. La fonction logistique est au coeur du modèle économique de la grande distribution. Son efficacité permet à ces groupes de vendre le produit au consommateur final avant de l'avoir payé au fournisseur en jouant notamment sur le délai légal de paiement du fournisseur qui est de 45 jours en France. Certains de ces groupes sont tellement impliqués dans la fonction logistique qu'ils sont devenus des « acteurs autonomes puissants ayant la responsabilité de gérer le web of flows 1 » (Hesse, 2008) que constituent leurs approvisionnements, à l'image que Walmart. Cette dernière est la première entreprise mondiale avec un chiffre d'affaires annuel proche de 450 milliards de dollars. Du point de vue de la grande distribution, la logistique est une fonction d'entreprise. Il ne s'agit pas d'un marché en soi. Cependant, dans la mesure où une partie des activités logistiques nécessaires à la grande distribution est externalisée, cette fonction constitue aussi pour partie un marché pour les prestataires logistiques. Walmart a ainsi, pour les seuls Etats-Unis, une dépense annuelle en transport (stricto sensu) de plus de cinq milliards de dollars. On retrouve dans ce marché les plus grandes entreprises logistiques mondiales et nationales : DHL, Géodis, Kuhne et Nagel, Norbert Dentressangle, ID Logistics par exemple. Pour la desserte des magasins, la grande distribution exploite des lieux particuliers dédiés à la gestion des flux de marchandises depuis les fournisseurs : les « plates-formes distributeurs » ou, selon le vocable anglo-saxon, « distribution centers ». Notre objectif ici est de comprendre la géographie des lieux logistiques de la grande distribution, à la fois à l'échelle nationale et à celle de la région parisienne. Il s'agit donc d'analyser les logiques spatiales de ces lieux particuliers. Ces logiques renvoient à deux ensembles de contraintes. Il s'agit d'une part des contraintes logistiques liées à la fois à l'organisation du transport (approvisionnement des magasins) et à l'exploitation du réseau d'entrepôts nécessaires. Il s'agit d'autre part des enjeux territoriaux liés tout particulièrement au processus d’implantation des plates-formes distributeurs : recherche de foncier adéquat (surface et prix), mécanismes immobiliers, niveaux de la fiscalité, disponibilité de la main d’œuvre, acceptabilité locale (c’est-à-dire attractivité de l’implantation logistique du point de vue des collectivités locales concernées). Dans la mesure où l’accès à un foncier bon marché devient crucial, nous montrerons que les enjeux territoriaux sont de plus en plus déterminants au sein de la géographie francilienne des plates-formes distributeurs.