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Archives musicales, mix et "culture nationale" au Portugal. Tiago Pereira et le projet "A música portuguesa a gostar dela própria"

Résumé : Le Portugal ne possède pas d’archives sonores nationales. Au XXe siècle, les recherches ethnomusicologiques sont restées minoritaires, bien que certaines tentatives isolées et ponctuelles aient tenté de remédier à cet état de fait. C’est aujourd’hui principalement des fonds phonographiques spécialisés, comme celui du fado, ou des archives de chercheurs ou d’associations qui permettent d’écouter une image partielle de la vie musicale portugaise. Grâce à des collectes que l’on peut qualifier « d’ethnomusicologie d’urgence » dans les années 1960 et 1970, Michel Giacometti a ouvert la voie à l’édition de collecte de musique traditionnelle essentiellement rurale qui s’opposait aux reformulations politiques de la folklorisation menée par la dictature. A la fin des années 1970, au moment de l’avènement de la démocratie, un mouvement de revivalisme revendicatif, et plus tard l’arrivée du mouvement folk, a repris l’héritage de la musique populaire soit pour des revendications de type contestataire, soit pour réinscrire les productions de type traditionnel dans l’agenda culturel du paysage portugais. Le groupe Madredeus, réinterprétant des canons du fado, en est l’exemple le mieux connu hors des frontières du Portugal. Plus récemment sont apparues des expérimentations musicales plus radicales (qui remixent le son des archives ethnomusicologiques anciennes avec les outils musicaux électroniques, comme celle mené par l’ex-chanteur pop-rock João Aguardela) ou des enquêtes ponctuelles associatives (Memoriamedia, Pédexumbo, dans une démarche ethnomusicologique et de diffusion proche de la sauvegarde du patrimoine immatériel). Héritier de ce cheminement timide du Portugal avec les archives musicales, Tiago Pereira, documentariste et VJ, a créé en 2009 un projet de collecte vidéo de musique populaire du Portugal nommé A música portuguesa a gostar dela própria. Le projet consiste à fonder une archive audiovisuelle des performances musicales du Portugal pour mettre en place un espace unique et virtuel d’exposition, afin que des musiques et des musiciens qui ne s’écoutent pas, ne se rencontrent jamais ou ne jouent jamais ensemble puissent prendre conscience de la diversité et de l’unicité de la musique portugaise. Revendiquant une démarche politique et artistique, Tiago Pereira parcoure le pays en enregistrant 5 vidéos par semaine, puis les met en ligne sur Vimeo. Avec un musicien, Tiago Pereira effectue de plus des performances de VJ en mixant ses extraits collectés et la performance du musicien. Son projet de collecte et son expérience de documentariste lui valent régulièrement d’être mandaté pour réaliser des documentaires sur des pratiques musicales traditionnelles par les pouvoirs publics des collectivités. Diffusant au moment de l'écriture de ce texte plus de 2000 extraits sur Vimeo, le projet se poursuit et va recevoir un financement de la part du Secrétariat d’Etat à la Culture pour référencer géographiquement, ethnologiquement et musicalement les pratiques qui font partie du corpus. Décrivant le contexte historique et musical dans lequel Tiago Pereira et son projet évoluent, ce chapitre voudrait rendre compte des manières de « faire archive », de revendiquer le passé et l’identité portugaise par un acteur non institutionnel de l’archive musicale. En comparant ce projet avec les autres pratiques, passées ou présentes, d’usage et d’archivage de la musique portugaise, ce texte décrit quel(s) récit(s) spécifiques(s) Tiago Pereira met en scène à travers ses archives. Il s’agit de montrer comment le support archive participe de la construction d’une certaine image musicale du Portugal, mais également comment les pratiques de collecteur, de VJ et de documentariste de Tiago Pereira reformulent cette image et construisent une perception autochtone de la culture musicale portugaise. Plus généralement, cette contribution vise à explorer une expérience singulière d’archive musicale en tant que nouvelle modalité du rapport à la culture, en interrogeant les liens que l’archive non institutionnelle ainsi mise en place entretient avec le territoire, les acteurs et l’histoire d’un pays.
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01425170
Contributor : Cyril Isnart <>
Submitted on : Monday, March 18, 2019 - 10:15:24 AM
Last modification on : Wednesday, January 20, 2021 - 3:12:27 AM
Long-term archiving on: : Wednesday, June 19, 2019 - 12:33:27 PM

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Isnart et Pereira 2016, Archiv...
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  • HAL Id : halshs-01425170, version 1

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Cyril Isnart, Tiago Pereira. Archives musicales, mix et "culture nationale" au Portugal. Tiago Pereira et le projet "A música portuguesa a gostar dela própria". Alice Aterianus-Owanga, Jorge P. Santiago. AUX SONS DES MÉMOIRES. Musiques, archives et terrain, Presses Universitaires de Lyon, 2016, 978-2-7297-0909-9. ⟨halshs-01425170⟩

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