L'enfant sourd en situation d'interactions polyadiques : accès au langage adressé et non adressé au cours de repas familiaux

Résumé : Des travaux en anthropolinguistique (Ochs & Schieffelin, 1995 ; Homer & Tamis-Lemond, 2013) et en psycholinguistique (Akhtar et al., 2001 ; Oshima-Takane et al., 1999 ; Bernicot & Roux, 1998 ; Hoff-Ginsberg, 1998) suggèrent que l’observation d’interactions auxquelles l’enfant ne participe pas joue un rôle essentiel dans l'acquisition du langage. Pour l’enfant sourd, l’accès à ces formes d’interactions peut être limité, même lorsqu’il porte un appareil auditif ou un implant cochléaire (Van den Bogaerde, 2000) et même lorsqu’un mode visuo-gestuel de communication est adopté puisque les yeux et les mains des participants sont mobilisés pour deux activités simultanées : manger et communiquer. Dans cette étude, nous nous interrogeons sur l’accès de l’enfant sourd aux interactions ayant lieu au cours de dîners familiaux, moment privilégié de socialisation. Notre corpus est constitué de vidéos réalisées au sein de 3 familles* où l’un des enfants, âgé de 2;6 à 6;0, présente une surdité sévère à profonde sans trouble associé connu, et 1 famille où parents et enfants sont entendants. Les modes de communication mis en place et les statuts auditifs des membres des familles sont divers. Les enregistrements ont été annotés de façon systématique avec ELAN. Dans le cas des familles où parents et enfants partagent le même statut auditif et le même mode de communication, 30% des énoncés sont adressés directement à l'enfant. Aucune stratégie particulière n’est déployée pour que l’enfant puisse avoir accès au langage qui ne lui est pas adressé. Dans le cas de l’enfant entendante, celle-ci a ainsi de fait accès à tout ce qui est produit. On observe d’ailleurs des signes de réception de ce qui est échangé (répétition d'énoncés non adressés). Dans le cas de l’enfant sourde signeuse avec famille sourde signeuse, celle-ci n’a de fait pas accès à ce qu’elle ne regarde pas, et regarde très peu le langage qui ne lui est pas adressé (1’50 sur 19’13). Dans le cas des deux enfants sourdes avec parents entendants, c’est plus de 50% des énoncés qui sont adressés à l’enfant. Cependant, les familles utilisent très peu la modalité visuo-gestuelle lorsqu’ils échangent entre eux, et les enfants regardent très peu ces échanges (1min sur 17min). L’enfant non implantée n’a donc pas accès au langage non adressé. Quant à l’enfant implantée, celle-ci ne montre aucun signe d’accès au langage qui ne lui est pas adressé voire est à l’origine d’un nombre important de chevauchements qui témoignent du fait qu’elle ne prend pas en considération les interactions en cours. L’analyse de ces différentes situations suggère que contrairement aux enfants entendants, les jeunes enfants sourds, même implantés, ont très peu accès au langage qui ne leur est pas adressé directement. Au regard de ces résultats, des pistes de guidance parentale sont envisagées. *2 des familles ont été enregistrées dans le cadre du projet Signes en Famille : http://www.prosigne.fr/signes_en_famille/index.php
Document type :
Poster communications
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Contributor : Stéphanie Caët <>
Submitted on : Wednesday, December 21, 2016 - 12:51:15 AM
Last modification on : Tuesday, July 3, 2018 - 11:28:48 AM

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  • HAL Id : halshs-01420739, version 1

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Solène Bessaguet, Marie Gorry, Stéphanie Caët. L'enfant sourd en situation d'interactions polyadiques : accès au langage adressé et non adressé au cours de repas familiaux. 13ème colloque de logopédie, "De l'interagir à l'intervenir : quelles clés ?", Nov 2016, Neuchâtel, Suisse. ⟨http://www.unine.ch/colloquelogo2016⟩. ⟨halshs-01420739⟩

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