Les femmes guerrières (XIe et XIIe siècles)

Résumé : « Les reines sont guerrières ou poussent à la guerre ». C'est avec fermeté que Michel Rouche émet ce jugement sur la propension des Mérovingiennes au combat. Il remarque ainsi leur capacité à « déclencher la fureur guerrière des hommes », en excitant la violence de leurs maris, frères et fils : « la mère toute-puissante peut retourner, parce que trop adorée, l'amour qu'elle inspire en une violence irrépréhensible ». Il explique, enfin, cette agressivité féminine par la parenté matrilinéaire et par la polygynie, spécifiques à la société franque 1. D'autres spécialistes du Haut Moyen Age confirment qu'il est réducteur d'analyser l'action de la femme noble au prisme d'une méthode exclusivement fondée sur le Gender, qui la reléguerait au rôle passif de la réclusion, de la soumission et de la douceur par opposition à des hommes actifs, libres, indépendants et brutaux 2. La violence féminine est une donnée clef pour comprendre la société agonistique des Francs. Qu'en reste-t-il dans l'aristocratie au lendemain de l'an mil ? De prime abord, les rôles semblent bien moins inversés que par le passé. Il suffit de se pencher sur la sigillographie, par laquelle chacun affirme son identité à travers une image stéréotypée : à ses chartes, l'homme de la noblesse appose un sceau qui le figure armé de pied en cap, sur un cheval au galop, alors que la femme, richement vêtue, se tient paisiblement debout sur un décor courtois ; elle ne déroge à cette norme que pour monter une haquenée en amazone, un faucon à la main, à l'occasion d'une chasse 3. Toutefois, dès que l'iconographie devient davantage allégorique, la perception des constructions sociales semble plus complexe : dans les psychomachies enluminées, c'est sous des traits féminins que vertus et vices se combattent, protégées de cuirasses et écus et armées de flèches, lances et épées 4. Les sources écrites dégagent une impression pareille, alors que la femme y prend de temps à autre le visage altier de la guerrière. La documentation qui met en scène ces combattantes des XIe et XIIe siècles est principalement narrative : la part de la fiction, concomitante à tout récit, est grande dans l'historiographie, l'hagiographie et la littérature. On ajoutera à ces écrits, créés autant pour édifier que pour divertir, les quaerimoniae, listes de griefs dressées à l'attention du comte de Barcelone vers 1150 par des paysans ou des chevaliers qui considèrent leurs intérêts lésés par leur seigneur. Toutes ces sources font intervenir de nombreuses femmes qui, à l'instar de leurs ancêtres franques, incitent l'homme à la violence.
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Contributor : Vanessa Ernst-Maillet <>
Submitted on : Tuesday, December 20, 2016 - 3:43:44 PM
Last modification on : Wednesday, September 5, 2018 - 1:30:07 PM
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Martin Aurell. Les femmes guerrières (XIe et XIIe siècles). Martin Aurell; Thomas Deswarte. Famille, violence et christianisation au Moyen Âge : mélanges offerts à Michel Rouche, Presses universitaires de Paris-Sorbonne, pp.319-330, 2005, 2-84050-360-3. ⟨halshs-01420433⟩

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