Deux expériences de l’espace beckettien : cadres cognitifs, topographies sensorielles

Résumé : Le recueil Catastrophe et autres dramaticules met en scène deux expériences, deux représentations antinomiques et cependant complémentaires des possibilités expressives de l’espace théâtral. D’un côté, Beckett définit et caractérise le plateau comme un espace phy-sique et cognitif où les corps sont pris dans une sorte de ballet mécanique, une cinétique com-posée de phases d’inertie ou de phases circulatoires. L’arpentage fait le « drame » (il dessine les contours de l’action) mais il donne surtout la mesure du plateau. La notation didascalique règle d’un même tenant les distances entre les corps, les mouvements, les aires de jeu, les es-paces laissés vacants ou l’occupation du plateau par les corps parlants. Beckett anticipe de façon péremptoire voire démiurgique l’ensemble des composantes de la régie théâtrale et donne à travers le paratexte les proportions de l’espace dramatique et les limites du cadre de jeu ; il montre aussi comment le plateau peut devenir un champ magnétique, avec ses points d’attraction : jeux sur le centre ou la périphérie, aimantation des corps autour d’accessoires scéniques, mise en abyme du système de la représentation, théâtre dans le théâtre, effets de dédoublement spatial et monstration des conflits patents entre champ et hors champ. A côté de ces espaces arpentés et de cette physis des corps sur le plateau, Beckett s’emploie également à mettre en scène dans ses derniers opuscules une autre expérience de l’espace, métaphysique cette fois. Le dispositif théâtral perd son assise concrète pour appa-raitre comme un espace mental et mémoriel. Le « noir plateau » et le modelé par la lumière, l’enregistrement et la diffusion de voix, la présence de récitants, mettent en avant non plus le théâtre comme une aire de jeu où circuler mais comme un espace rhétorique où dominent l’acte de prise de parole et le récit. L’espace devient sonore mais il laisse apparaître du paysage et du « off » par le jeu de l’hypotypose : même si le « noir plateau » laisse supposer une intériorité, l’entrée dans un inconscient ou dans le rêve, Beckett multiplie les mentions paysagées. C’est tout un hors champ, un extérieur, même s’ils restent fragmentaires, qui se déploient : des toponymes, des maisons, le quai d’un tram, le ciel azuré…
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Contributor : Céline Hersant <>
Submitted on : Thursday, December 1, 2016 - 11:40:06 AM
Last modification on : Friday, March 24, 2017 - 9:36:04 AM

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  • HAL Id : halshs-01406505, version 1

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Céline Hersant. Deux expériences de l’espace beckettien : cadres cognitifs, topographies sensorielles . Llewellyn Brown Samuel Beckett, les « dramaticules », 3, Lettres modernes Minard, p. 111-130, 2013, La Revue des Lettres modernes, 978-2-256-91173-6. ⟨http://www.lettresmodernesminard.org/⟩. ⟨halshs-01406505⟩

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