« Les théâtre de la parole » (quelques auteurs d'aujourd'hui) : Valère Novarina, Noëlle Renaude, Philippe Minyana, Didier-Georges Gabily, Jean-Luc Lagarce et Patrick Kermann, Michel Vinaver, Daniel Lemahieu

Résumé : Le temps a passé doucement, comme sur toutes les modes ou toutes les veines d'écriture, sur le « théâtre du quotidien » et les dramaturgies mimant « la vie de tous les jours ». La mise en crise de la forme dramatique s'appuyait alors sur des effets de montage ou d'imbrication des situations ("La Demande d'emploi" de Michel Vinaver) ou encore sur un effort de transcription de la parole des petites gens – cette transcription s'orientant sur une mise en scène de la platitude de l'échange verbal ("Loin d'Hagondange" de Jean-Paul Wenzel) ou, à l'inverse, d'une langue patoisante, colorée voire « débagoulante » ; dans les deux cas, ces dramaturgies tentaient de suggérer à chaque instant, par des catastrophes langagières et formelles, la catastrophe intime ("Usinage" ou "Viols" de Daniel Lemahieu). Le temps a passé doucement et, aujourd'hui, d'autres écritures poursuivent ce travail de sape et de déflagration formelle. Depuis les années 80, une nouvelle génération d'auteurs s'est emparée de ces recherches sur le discours et sur l'oralité pour démonter toujours plus les possibles de l'énonciation théâtrale. L'accent s'est en effet déplacé, ces dernières années, sur l'effacement de l'idée même de « personnage » au profit de « figures » ou de « silhouettes » parlantes. Ce renversement profite à une rhétorique toute différente : le locuteur est peu socialisé (les ouvriers et les cols blancs ont comme disparu des textes d'aujourd'hui), son identité devient souvent incertaine ou changeante, la façon dont « l'histoire » se raconte – ou se raconte mal – tend à prendre le pas sur les événements à raconter. Les textes contemporains se sont inventés une nouvelle grammaire et proposent, me semble-t-il, des tissus dramatiques travaillés par l'avènement ou la continuité du geste d'écriture. De fait, le seul récit à lire dans les textes d'aujourd'hui serait au fond l'histoire de leur fabrique et les processus qu'ils mettent en jeu (leur modus operandi, dirait Poe). À défaut d'avoir la chronique complète d'un personnage, le geste d'écriture prend en charge, comme par transfert, la totalité de la fiction et finit littéralement par se théâtraliser. Cette mise en scène du geste de composition-décomposition du texte est particulièrement sensible chez des auteurs comme Valère Novarina, Noëlle Renaude, Philippe Minyana ou encore chez Michel Vinaver.
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Raison Présente, Nouvelles Editions Rationalistes, 2008, Vous avez dit « théâtre » ?, p. 145-153. 〈http://www.union-rationaliste.org/index.php/librairie/raison-presente〉
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Céline Hersant. « Les théâtre de la parole » (quelques auteurs d'aujourd'hui) : Valère Novarina, Noëlle Renaude, Philippe Minyana, Didier-Georges Gabily, Jean-Luc Lagarce et Patrick Kermann, Michel Vinaver, Daniel Lemahieu. Raison Présente, Nouvelles Editions Rationalistes, 2008, Vous avez dit « théâtre » ?, p. 145-153. 〈http://www.union-rationaliste.org/index.php/librairie/raison-presente〉. 〈halshs-01404434〉

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