Atlas théâtral portatif : l'invention du territoire dramatique chez Alain-René Lesage, Georges Feydeau et Noëlle Renaude

Résumé : Stendhal couvrait de petits plans topographiques ses manuscrits ; Stevenson a d'abord tracé la carte de « L'Île au trésor » avant même d'avoir écrit une ligne de son roman ; La Chasse au Snark de Lewis Carroll est avant tout l'histoire d'une carte muette ; le monde fantastique de Tolkien s'enracine dans le dessin de la Terre du Milieu ; Julien Gracq, ancien géo-graphe, fait de la cartographie un support fictionnel dans la plupart de ses romans ; Philippe Vasset s'intéresse aux espaces urbains non répertoriés dans Le Livre blanc ; Jean-Christophe Bailly publie La Description d'Olonne en l'accompagnant d'une carte tracée par ses soins… On pourrait étirer la liste à l'envi, en remontant au plus loin de l'histoire de la littérature : la sensibilité topographique de certains auteurs fait que le texte commence parfois par une carte. Paysages littéraires, mondes merveilleux et utopiques, îles imaginaires, récits de voyage, descriptions du réel en tout genre… Devant certains textes, je ne suis plus seulement lecteur d'un assemblage savant de mots, je deviens un peu cartographe et j'apprends, pour m'approprier ces espaces fictionnels, à laisser un peu le discours de côté, à me détacher de la démonstration pour aller vers la monstration, vers la vue illustrée, vers d'autres outils de représentation. Ce pas de côté est précisément la posture adoptée par Franco Moretti qui travaille, selon ses mots, à « une autre histoire de la littérature » en proposant non plus seulement une réduplication de l'espace textuel par le commentaire, mais des représentations graphiques schématiques pour cerner des environnements romanesques. « Non que la carte soit une explication en soi bien sûr, mais elle constitue une modélisation de l'univers narratif qui redis-pose ses composantes d'une manière inattendue et peut ramener à la surface des configurations secrètes ». Moretti propose un nouveau point optique d'où scruter des paysages et d'où mesurer la capacité du toponyme à asseoir la fiction dans le réel, à établir le cadre où se développera le récit. Les choses prennent une certaine évidence du côté du roman, qui dispose de modalités énonciatives et de moyens rhétoriques particuliers pour donner à voir le monde : description, dissémination de repères spatiaux dans le récit, ekphrasis, hypotypose... Mais qu'en est-il de la littérature dramatique ? Oublié ou laissé de côté parce qu'il complique beaucoup l'approche géocritique, le territoire théâtral reste encore en quête d'explorateurs.
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Contributeur : Céline Hersant <>
Soumis le : lundi 28 novembre 2016 - 16:21:27
Dernière modification le : vendredi 24 mars 2017 - 09:36:03
Document(s) archivé(s) le : mardi 21 mars 2017 - 05:06:58

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Céline Hersant. Atlas théâtral portatif : l'invention du territoire dramatique chez Alain-René Lesage, Georges Feydeau et Noëlle Renaude. Frictions, Jean-Pierre Han, 2012, p. 96-129. 〈http://www.revue-frictions.net/doku.php〉. 〈halshs-01404397〉

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