Violences en prison

Résumé : L'actualité de notre temps désigne la violence comme un enjeu majeur de l'action comme de la réflexion. Cette violence alimente avec plus ou moins d'intérêt, de pertinence et d'efficacité, et avec des objectifs très divers, nombre d'enquêtes, de rapports et de discours, politiques et journalistiques, sans parler de certaines contributions artistiques. La violence ne peut être qu'un objet de savoir paradoxal car le terme est omniprésent dans le débat social sans que sa définition fasse l'objet d'un consensus. La violence peut être collective, physique, symbolique, psychique, institutionnelle, architecturale, sonore. De plus, si tout peut devenir violence, le délit, le procès, l'exécution de la peine, à l'inverse, aucun acte ni aucune parole ne permet de circonscrire un noyau dur, qui ferait consensus pour tous. La violence est un phénomène complexe dont la perception varie selon le point de vue. La relativité de notre objet nous a donc imposé une démarche méthodologique plurielle. Si la violence ne peut se définir dans l'absolu, elle se manifeste en prison comme ailleurs sous des formes variées que l'on peut appréhender sous différents angles. La majorité des spécialistes montre qu'il n'existe pas de définition objective du concept, mais seulement une palette d'approches subjectives, tributaires des critères utilisés, de la problématique empruntée et de la société étudiée. En d'autres termes, toute étude de la violence est assujettie aux croyances d'une époque, aux faits observés et aux convictions du chercheur. L'émergence de nouvelles questions, posées par nos sociétés dans un contexte parfois dramatiquement réactualisé, a conduit l'équipe à constater et à faire siennes de nouvelles problématiques. La première est que la violence n'est pas seulement un ensemble de pratiques objectives, mais qu'elle est aussi et surtout une représentation, un attribut que des groupes parmi les plus aisés affectent de manière plus ou moins fantasmatique à d'autres groupes, généralement les plus démunis. La seconde est que la violence ne peut plus être abordée sans que l'on considère le phénomène avec les perceptions qui en circulent et avec les représentations qui la décrivent. Ce parti pris d'engager ce travail de recherche sur des bases théoriques renouvelées (M. Wievorka) a eu pour conséquence directe de questionner les modes d'approches théoriques et méthodologiques que les sciences humaines et sociales ont pu élaborer à propos de la violence. Rassembler les théories, les méthodes et les approches par centre d'intérêts, par objets, par champ (la prison en est un) plutôt que par écoles ou courants intellectuels, voilà ce que nous avons voulu privilégier étant ainsi beaucoup plus à même d'approcher, pour le sujet qui nous concerne, la nécessaire variété de ses interprétations. Conformément aux indications fournies dans notre réponse à l'appel d'offre, chaque chercheur a structuré ses approches autour de deux axes : - axe 1 : définir et circonscrire les phénomènes de violence - axe 2 : analyser les processus de régulation et de prise en charge Ainsi le collectif a privilégié quatre entrées 1. L'entrée par les procédures légales de désignation et de réponses aux violences. (Chap. 1). 2. L'entrée par les sujets (personnels et détenus) en qualité d'acteurs et de victimes. (Chap.3 et Chap. 4) 3. L'entrée par l'environnement intra carcéral (climat social, modes d'organisation des temps et des espaces, mémoires des lieux et des événements). (Chap.2, Chap.5 et Chap.6). 4. L'entrée enfin, par l'environnement extra carcéral (image sociale et médiatique des personnels pénitentiaires et de leurs missions). (Chap.7). Étant donné la spécificité de son ancrage institutionnelle, l'identité de notre équipe repose sur une pratique de « recherche impliquée » sans illusion ni compromis dans ses résultats. Elle vise, chaque fois que cela est possible, à mettre les connaissances capitalisées au service de la formation initiale et continue de l'École Nationale d'Administration Pénitentiaire. Cette enquête collective pourrait donc connaître des prolongements notables, tant en matière de recherches à venir que d'enseignements dispensés dans notre école. Trois pistes sont proposées : 1/ L'analyse des violences en prison réalisée à l'aune des procédures disciplinaires impose de reconsidérer la place du principe de légalité dans le traitement des, procédures et, plus largement, dans le cadre de l'exécution des peines. Sans doute, une meilleure prise en compte du principe légaliste apparaît-elle nécessaire dans la définition des fautes et des sanctions disciplinaires, tandis qu'une meilleure formation, voire une spécialisation des personnels dans les fonctions d'enquête, paraît justifiée. En revanche, on peut se demander jusqu'à quel point le mouvement de marche vers le droit commun, en particulier le mouvement de judiciarisation et de juridictionnalisation du droit pénitentiaire, reste compatible avec la mise en évidence d'une instrumentalisation prioritaire des procédures disciplinaires à des fins d'ordre et de sécurité des personnels. 2/ L'enquête sonore pourrait être poursuivie en l'intégrant dans le cadre de la recherche « mémoire pénitentiaire ». Elle consisterait alors à établir aux fins d'enregistrement et de conservation le paysage sonore des établissements voués à une fermeture prochaine. En matière d'enseignements, il serait possible de concevoir des séquences dans des modules pédagogiques existants ou des séances spécifiques en formation initiale afin que les élèves puissent s'approprier la complexité de l'environnement sonore en détention et son rapport avec les lieux et les pratiques professionnelles. 3/ Les trois dernières contributions le souligne, les personnels et les institutions pénitentiaires sont tout à la fois acteurs et dépositaires d'une histoire (d'histoires) et de représentations qui marquent, et d'une certaine manière déterminent des pratiques tout autant que des manières d'être à soi et aux autres. Mais à revêtir trop souvent le costume silencieux de l'évidence, ces histoires et représentations finissent par construire une identité pénitentiaire et des rôles auxquels les individus se trouvent assujettis - les personnels sont, en fait, exclus de la construction de leur propre identité - Cette exclusion et ce lourd silence sont un frein à l'analyse des pratiques et au changement. En outre, ils ne permettent pas aux personnels de se départir d'un sentiment de dévalorisation et de mépris social. Il semble donc nécessaire de questionner et d'analyser l'histoire de l'institution, des établissements mais également des discours et des images sur la prison afin de proposer aux personnels des repères pertinents dans la construction de leur identité professionnelle.
Type de document :
Rapport
[Rapport de recherche] 141, GIP mission Recherche Droit et Justice. 2005
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Contributeur : Marc Renneville <>
Soumis le : mercredi 2 novembre 2016 - 09:30:04
Dernière modification le : jeudi 11 janvier 2018 - 06:19:18

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Marc Renneville, F. Courtine. Violences en prison. [Rapport de recherche] 141, GIP mission Recherche Droit et Justice. 2005. 〈halshs-01390490〉

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