Permanences et évolutions de l’idéologie frontiste

Résumé : L’accession de Marine Le Pen à la tête du Front national en janvier 2011 a marqué une étape symbolique importante dans l’histoire d’un mouvement vieux de près de quarante ans. Ce changement ouvre, entre autres nombreuses questions, sur un ensemble d’interrogations quant à la nature des transformations opérées au sein du dispositif doctrinal du FN. La réponse à la question « le Front national a-t-il changé ? » demeure naturellement contingente d’une multitude de facteurs – idéologie, communication, soutien électoral, sociologie militante, circulation des élites partisanes ou positionnement stratégique au sein du système partisan. On se contentera ici de tenter de proposer une grille de lecture des évolutions survenues dans la construction par le Front national de son message politique, c’est-à-dire à la fois les aspects relatifs à la communication partisane et la formulation d’une offre idéologique singulière.La présidence de Marine Le Pen est manifestement caractérisée, nous le verrons, par la visée d’assoir une image de modernité, une nouvelle geste partisane débarrassée des oripeaux de la vieille extrême droite groupusculaire. Cette ambition de présenter un nouveau visage public du FN accompagne par ailleurs la recherche de crédibilité gouvernementale dont le parti a fait son credo depuis l’échec de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle de 2002. Ce recentrage difficilement contestable de la communication politique du FN tranche malgré tout avec la permanence idéologique des grands référentiels « quasi-génétiques » du mouvement, que sont en particulier le nativisme différencialiste, l’autoritarisme social ou le populisme. Le changement de style intervient également conjointement avec un mouvement, centrifuge celui-ci, sur la question du repli sur l’entre-soi national, de la sortie de plusieurs traités européens et du rétablissement de souveraineté. Le domaine dans lequel l’apport de Marine Le Pen au corpus doctrinal du FN apparaît aujourd’hui plus substantiel demeure celui de la formulation d’un populisme économique et social, d’inspiration antilibérale et anticapitaliste, assorti d’un étatisme redistributif et protectionniste qui tire sensiblement vers la gauche le curseur idéologique du mouvement. On pourra à ce titre s’interroger pour conclure sur la caractérisation du FN et son positionnement à l’intérieur des typologies partisanes classiques de la droite radicale populiste européenne.
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Pascal Delwit. Le Front national. Mutations de l'extrême droite française, Editions de l'Université de Bruxelles, pp.95-112, 2012, 978-2-8004-1519-2. 〈http://www.editions-universite-bruxelles.be/fiche/view/2690〉
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Contributeur : Gilles Ivaldi <>
Soumis le : mercredi 28 février 2018 - 10:30:57
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Gilles Ivaldi. Permanences et évolutions de l’idéologie frontiste. Pascal Delwit. Le Front national. Mutations de l'extrême droite française, Editions de l'Université de Bruxelles, pp.95-112, 2012, 978-2-8004-1519-2. 〈http://www.editions-universite-bruxelles.be/fiche/view/2690〉. 〈halshs-01389073〉

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