Les cheminées d’usine, symboles ambivalents du passé industriel : un traitement différencié selon les contextes locaux (Trélazé, Villeurbanne, Givors, Saint-Chamond).

Résumé : Les cheminées d’usine paraissent constituer des objets pertinents pour analyser le rapport des sociétés contemporaines vis-à-vis de leur passé industriel, et pour questionner les nouvelles formes d’identification spatiale qui prennent pour support les héritages industriels. Leur caractère emblématique justifie qu’elles se retrouvent généralement au cœur d’enjeux de construction identitaire, les cheminées formant des repères spatiaux qui peuvent permettre à des individus et des groupes sociaux de légitimer ou de remettre en cause leur position sociale. Les cheminées représentent néanmoins des symboles ambivalents, dans le sens où elles sont dépositaires d’un passé qui peut être effacé ou au contraire promu dans le présent. Elles matérialisent en effet à la fois une ancienne prospérité industrielle et un déclin économique, tout en renvoyant à une identité ouvrière notamment définie par la souffrance au travail. Les mémoires associées aux héritages industriels présentent donc généralement un caractère douloureux. A travers les processus de qualification ou de disqualification de ces édifices se jouent ensuite des enjeux de visibilisation ou d’invisibilisation des groupes sociaux. C’est alors la question de la reconnaissance identitaire de ces derniers qui est posée à travers l’accès au patrimoine que représente les cheminées. En effet, on peut s’interroger sur la manière dont le traitement contemporain de ces édifices informe sur les antagonismes entre classes sociales dominantes et dominées, en étudiant notamment l’enchevêtrement de mémoires différenciées qui peuvent entrer en concurrence ou en conflit durant les processus de patrimonialisation. Nous proposons de répondre à ces questionnements à partir de l’étude de sept exemples de cheminées d’usines qui font l’objet, selon les contextes locaux, d’initiatives patrimoniales différenciées, menées par des acteurs publics ou se situant à la marge de la sphère institutionnelle : destruction dans le but d’effacer un passé embarrassant, conservation et valorisation comme ultime témoin d’une histoire industrielle, transformation en marque identitaire positive par un renversement du stigmate ouvrier, production de « formes écrans » qui neutralisent les représentations, ou encore espace d’expression de luttes sociales. Ce sont alors les mobilisations des populations locales, ainsi que la volonté politique des élus, qui déterminent les conditions et les enjeux de la réactualisation des traces matérielles que représentent les cheminées d’usine.
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https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01316672
Contributor : Thomas Zanetti <>
Submitted on : Tuesday, May 17, 2016 - 2:59:33 PM
Last modification on : Thursday, October 17, 2019 - 12:36:47 PM

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  • HAL Id : halshs-01316672, version 1

Citation

Vincent Veschambre, Thomas Zanetti. Les cheminées d’usine, symboles ambivalents du passé industriel : un traitement différencié selon les contextes locaux (Trélazé, Villeurbanne, Givors, Saint-Chamond).. Revendications et contestations patrimoniales : perspectives européennes, UMR 7218 LAVUE ENSA Paris Val De Seine, Dec 2014, Paris, France. ⟨halshs-01316672⟩

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